CHAPITRE II
aussi dans lu nécessité de considérer le fil des pourparlers légaux comme étant rompu.
" Il se peut que notre patrie ait des temps difficiles à traverser encore, mais il nous est interdit de les lui épargner au prix d'une trahison commise contre nos devoirs civiques.
li La liberté constitutionnelle de la Hongrie ne nous appartient pas comme une propriété dont nous puissions librement disposer; elle a été confiée par la nation à la garde de notre fidélité et nous en sommes responsables devant la patrie et notre conscience. S'il faut que la nation pâtisse, elle pâtira, afin de pouvoir transmettre cette liberté constitutionnelle intacte aux générations futures, telle qu elle en a hérité des aïeux. Elle pâtira comme ont pâti et souffert les ancêtres, afin de pouvoir défendre les droits de la patrie, car ce dont on a été dépouillé par le pouvoir et la violence, le temps et la bonne chance peuvent le rendre, tandis que les droits auxquels la nation renonce par crainte de souffrance, sont toujours difficiles et toujours aléatoires à recouvrer. La nation souffrira en espérant un avenir meilleur, et convamcue de la légitimité de ses revendications! ■
Après la lecture, il n'y eut qu'un long cri de : " Nous l'adoptons à l'unanimité. » Le baron Joseph Eôtvôs s'adressa à Deâk lui-même pour savoir si l'adoption en bloc était constitutionnelle. A quoi il reçut la réponse : u Pourquoi pas, si la Chambre le désire! » Alors, Sigismond de Bernath, l'un des champions de la " résolution » , fit réglementairement la proposition de ne pas procéder ni à une discussion générale, ni à une discussion spéciale sur le projet de Deâk, mais de l'adopter par acclamation. La Chambre s'étant levée comme mue par un ressort, ce fut M. Coloman de Tisza qui prit la parole encore pour déclarer qu'il ne voudrait pas ouvrir un débat sur une question de forme et qu'il se soumettait d'autant plus volontiers à l'opinion de la majorité qu'il retrouvait dans le projet d'adresse l'expression de ses convictions les plus intimes, de ses principes les plus sacrés, des émotions les plus secrètes de son âme. De son côté, Coloman Ghyczy, le président de la Chambre, en proclamant l'unanimité du vote, ne put s'empêcher
de faire la déclaration qu'il considérait le projet comme un travail puisé non seulement dans le cœur de la Chambre, mais dans celui de la nation hongroise tout entière. La Chambre des magnats Tadopta deux jours plus tard à l'unanimité également (1).
Étant donné le courant centraliste qui coulait à ce moment à pleins bords dans toutes les couches de la population des pays héréditaires, fiers d'avoir obtenu tout d'un coup une si forte dose de libertés, le sens de la réponse impériale à ce langage correct et respectueux, mais intransigeant, de la Diète hongroise, ne pouvait être qu'un nouvel appel à l'arbitraire, à l'illégalité, au point de vue de la Constitution hongroise. De là les nombreuses réunions privées des membres les plus importants des deux Chambres hongroises pour parer à toutes les éventualités. Ce fut encore Deâk qui y indiqua la marche à suivre. Il y eut donc une séance publique le 21 août, où, sur la proposition de Samuel de Bonis, on mit à l'ordre du jour la question : « Quelles seraient les mesures à prendre en vue de la dissolution? » Deâk y répondit qu'en prévoyant cette éventualité, il avait préparé une « protestation d que les deux Chambres n'avaient qu'à adopter, afin qu'il fût manifeste qu'elles considéraient tout ce qui se passait et se passera encore, dès à présent, comme illégal. C'était le corollaire des deux documents précédents, expliquant l'impossibilité où se trouvait la Diète de quitter le terrain constitutionnel, pour donner suite aux ouvertures du ministère autrichien et le rendant responsable de la rupture des pourparlers.
<i Résister aux manifestations de la force matérielle — poursuit le document en terminant — nous est impossible, mais nous protestons solennellement contre tout ce qui se fait sous les auspices de cette dernière, et nous déclarons qu'en nous tenant étroitement liés à toutes nos lois légalement existantes, conséquemment à celles de 1848, qui sont sanctionnées et qui n'ont jamais été légalement abrogées, nous considérerons tous
(1) KoNYï Mam) : Deàk Ferencznek nz l8Qi-dik évt orszagyyiilèstôl elfogadott lièt felivata. Page 144 et passim.