CHAPITRE II
les actes du pouvoir qui seront en contradiction avec elles comme anticonstitutionnels. »
Après la communication de la " protestation « , Deâk exhorta les membres de cette Chambre à n'abandonner jamais le terrain de la légalité, « car c'est le seul terrain où l'on puisse se maintenir sûrement sans le secours d'une force armée contre la force armée. » Il exprima l'espoir qu'à cet égard tout le monde suivra l'exemple de la Diète. Que les administrations maintenues ne fonctionnent (jue dans le sens de la loi ; que les simples citoyens s'y conforment aussi très strictement! Ce n'est que la légalité qui donne la tranquillité de l'àme, pour supporter les coups les plus cruels du sort, et ce sera elle seule qui produira la qualité dont on aura le plus besoin pour supporter ces épreuves : souffrir avec dignité, celle-ci ne pouvant émaner que de la légalité! Et la Chambre des députés accueillit derechef avec unanimité la proposition de Deâk, comme d'ailleurs, une heure plus tard, la Chambre des magnats aussi.
Précautions des plus utiles, car on convoqua les Chambres d'urgence, dès le lendemain, pour prendre connaissance de deux rescrits impériaux. L'un contenait la nomination du comte François Haller, propriétaire d'un régiment de hussards, comme commissaire roval, charfré de la dissolution de la Diète hongroise; l'autre s'adressa à celle-ci pour lui reprocher de n'avoir pas compris sa vocation sublime au plus grand détriment de tous les intéressés et d'avoir rompu le fil de la conciliation parce que l'on n'avait pas voulu satisfaire ses exigences dont la portée dépassait de loin les limites extrêmes de la condescendance admise. Le rescrit finissait en déclarant la Diète dissoute et en réservant au souverain le droit d'en convoquer une nouvelle dans l'espace de six mois.
Une fois la lecture terminée, Goloman Ghyczy annonça que le commissaire royal avait l'autorisation de procéder à la dissolution manu viilitari^ si la Diète montrait des velléités de résistance. Deâk constata alors qu'en présence de la violence il était impossible de continuer les travaux de la Diète et qu'on n'avait plus qu'à s'en tenir à la " protestation » . Après une courte allocution d'adieu du président, on leva donc la séance
aux cris, longtemps répétés, de : « Vive la Patrie! Vive François Deàk 1 »
Il est à remarquer qu'au milieu de ses préoccupations politiques les plus sérieuses, la Diète ne perdit pas de vue ses devoirs législatifs. Elle nomma une Commission chargée de la préparation d'un projet au sujet de la question des nationalités. Celle-ci prit comme point de départ à ces travaux les deux principes suivants : 1° que les citoyens de la Hongrie ne peuvent former que la nation hongroise une et indivisible; 2° que l'on doit reconnaître, dans le cadre de l'État hongrois, les mêmes droits à toutes les nationalités qui l'habitent afin qu'elles puissent librement développer leur individualité nationale, tant au point de vue personnel qu'à celui des associations. Le projet de loi en découlant visa naturellement les nationalités de tous les pays de la couronne de saint Etienne, mais ne put être présenté à la Chambre par suite de la prompte dissolution de la Diète.
Le rescrit dans lequel l'empereur annonça, le 23 août, au " Reichsrath « les événements survenus à la Diète hongroise, était évidemment d'une correction parlementaire irréprochable quant à la forme. Au point de vue de son contenu, il décela la mauvaise humeur de son auteur, Schmerling, qui ne voulut pas cependant se montrer ni inquiet, ni troublé. Il y fit faire la déclaration que l'action d'avoir effacé, par le diplôme d'octobre 18G0, le souvenir du crime commis contre la dynastie et la Pragmatique sanction le 14 avril 1849, méritait un accueil plus reconnaissant. Si l'on réservait pour le « Reichsrath » le contrôle des affaires concernant les forces militaires, les finances et la situation internationale de la Monarchie, tout en restituant à la Hongrie ses libertés, c'était pour empêcher le retour des agissements de l'élément révolutionnaire. D'ailleurs, cette façon de procéder s'imposait à l'Autriche par sa