CHAPITRE II
situation de grande puissance. « Il aurait fallu que la Diète s'occupât de la revision des lois de 18 48 et de la préparation d'un diplôme inaugural conforme à l'esprit de cette Constitution revisée. Au lieu de cela elle aurait voulu que Ton reconnût même celles de ces lois qui blessent manifestement les prérogatives de la couronne, les droits de l'Empire unifié ainsi que les intérêts des nationalités non-magyares, et quoiqu'on ne puisse les mettre en vigueur qu'en usant de violence à l'égard de la Croatie-Esclavonie et de la Transylvanie... Il est bien entendu cependant que le diplôme d'octobre et les lettres patentes n'en restent pas moins en vigueur et qu'on laisse quand même les portes du h Reiclisrath '> ouvertes, afin que les représentants de la Hongrie y puissent pénétrer quand cela leur conviendra, tout en affirmant que l'abstention des uns ne peut nullement entraver les autres dans le libre exercice de leurs droits. Quant au rétablissement et au maintien de l'ordre en Hongrie, les dispositions nécessaires sont déjà prises. »
Pour répondre à ce rescrit, on décida l'envoi d'une Il adresse " . Dans le projet de la Commission chargée de son élaboration, on s'empressa d'applaudir aux mesures prises par l'empereur, " parce qu'elles étaient parfaitement légales et parce que la nécessité les commandait. " Ce point de vue ne fut pas trouvé correct par la minorité libérale : le député polonais Smolka l'attaqua avec la dernière violence. " Si vous voulez nous faire croire, dit-il, en s'adressant aux ministres, que dans un pays constitutionnel, les lois créées parmi peuple libre et sanctionnées par le souverain, peuvent être simplement supprimées par les ministres lors de l'avènement au trône de son successeur et que conséquemment la garantie la plus sure, le serment du souverain n'existe pas, il vaudrait mieux que nous retournions dans nos foyers. Admettre des principes pareils fait plus de tort que dix batailles perdues, car réparer les pertes en hommes et en argent n est qu'une question de temps, tandis qu'il est impossible de paralyser l'action funeste de principes semblables. Comptez-vous tenir en échec peut-être une moitié de 1 Empire par l'autre? L'histoire nous apprend que la Hongrie a toujours victorieusement repoussé les atta-
qaes dirigées contre sa Constitution, et cela sera la même chose aussi cette fois... Dieu ne peut pas permettre la disparition de la Hongrie! Or, je ne parle pas ainsi par sympathie, mais dans l'intérêt bien compris des peuples et de la couronne et au nom du sentiment du droit blessé. »
Il étaitimpossible de réfuter l'argumentation solide du magistral discours de Smolka. Schmerling ne put que se défendre en renouvelant sa théorie sur la caducité de la Constitution hongroise et sur l'ingratitude des Hongrois au sujet du don gracieux, c'est-à-dire du diplôme et des lettres patentes de l'empereur. Il termina en exprimant l'espoir que la « persévérance viendrait certainement à bout de l'abstention delà Hongrie, une fois que l'utilité des nouvelles institutions sei'ait bien démontrée dans la pratique » .
En attendant, on remit le pays au régime de la camisole de force dont l'organisation rappela à la fois le système de Metternich et celui de Bach. Les dispositions libérales du diplôme d'octobre furent théoriquement maintenues, mais on confia leur exécution à un personnel recruté dans les couches peu recommandables des existences douteuses et des fruits secs de tout l'Empire. Avec des commissaires impériaux à la tête — remplaçant les préfets — ils envahirent l'administration départementale abandonnée par les fonctionnaires élus, qui ne voulaient pas devenir les complices du gouvernement dans ses entreprises dans le constitutionnalisme. Et comme on confia la charge de gouverneur en Hongrie au général comte Maurice Pâllfy, les tribunaux militaires reçurent aussi, le 5 novembre 1861, un rôle important; car ce furent eux que l'on chargea de la répression des délits commis contre l'ordre public, la sécurité des personnes et de leur fortune. Ce furent aussi des soldats que l'on mit à la disposition des percepteurs pour faire rentrer les impôts que les Hongrois considéraient, depuis la publication de la a protestation» de Deûk, tout à fait illégaux et dont ils ne voulurent s'acquitter que contraints et forcés.
Si, en comparaison de ce qui se passait au temps de Bach, on pouvait constater alors une certaine amélioration dans la situation de la Hongrie, elle s'expliquait aisément par i'inquié-