‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 42 sur 168 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

la Monarchie, c'est-à-dire dans les duchés de SIesvifî-IIolstein également. Or le Holstein faisant partie de la Confédération germanique, au même titre que les pays héréditaires de l'Autriche, on ne pouvait changer ses institutions sans l'assentiment de la Confédération. Celle-ci le refusa, sous prétexte de protéger les populations allemandes dudit duché, et prit, même du vivant de Frédéric Vil, toutes ses mesures pour procéder à l'exécution de ses décisions. Alors le cabinet de Copenhague en appela au traité de Londres de 1852, garantissant l'intégrité de la Monarchie danoise, que l'Autriche et la Prusse avaient signé comme grandes puissances, mais que la Confédération ne reconnut jamais, bien que ces deux Monarchies fussent ses membres les plus importants.

L'antagonisme entre les populations allemandes des duchés et le gouvernement danois s'accrut encore par la question de succession. Le duc Frédéric d'Augustenbourg, s'appuyant sur des pactes anciens, prétendait succéder au trône des duchés, et ses prétentions étaient soutenues par la Confédération, désireuse d'être agréable aux nationaux libéraux, maîtres de l'opinion publique dans les États secondaires de l'Allemagne.

Vues sous cet angle, les exigences allemandes avaient un aspect qui ne déplut pas au monde politique hongrois, comme n'avait pas déplu le Congrès des souverains; car si dans le premier cas il s'agissait de défendre les droits historiques des Allemands en face des empiétements des radicaux danois, situation qui ressemblait à celle des Hongrois en face des centralistes autrichiens, la réussite des projets de François-Joseph, présentés à Francfort, supposait implicitement un changement de système à l'intérieur de la Monarchie des Habsbourg aussi, dont les patriotes hongrois espéraient tirer le plus d'avantages possibles au profit de leur pays. Évolution psychologique indispensable à noter à cause des effets qu'elle a produits plus tard : d'une part, en rendant les Hongrois sympathiques aux Allemands, malgré leurs tendances manifestes d'enrayer au sud-est les progrès du pangermanisme et, d'une autre, en les soustrayant à l'influence de la Prusse, qu'ils ont jugée à ce

moment avec une certaine sévérité à cause des inconstitutionnalités journellement commises par le ministère de Bismarck.

D'ailleurs, la politique autrichienne subit alors un changement d'orientation formidable à la suite du rejet des propositions impériales à la conférence de Nuremberg. Elle fut convoquée par l'Autriche pour exécuter les réformes projetées, auxquelles les souverains avaient adhéré à Francfort. Sous le coup de cet affront, le cabinet de Vienne traversa une crise psychologique qui n'échappa pas à la Prusse; pour se venger de la Confédération, elle proposa à sa rivale de s'emparer en commun de la direction et du règlement de la question des duchés. Le comte de Ilechberg ne craignit pas d'approuver cette combinaison perfide, espérant partager ainsi l'honneur de la défense d'une cause populaire, et croyant qu'associé au déjà redoutable homme d'État prussien, il serait mieux placé pour surveiller sa conduite et entraver ses projets d'annexion qu'il nourrissait à l'égard du Slesvig-Holstein. Les pourparlers des deux grandes puissances aboutirent au protocole de Berlin (le 16 janvier 186 4), dans lequel elles décidèrent l'occupation militaire de Slesvig, effectuée en commun, avec la clause subtile qu'en cas de guerre elles régleraient seules la situation future des duchés et surtout la question de la succession.

Cependant il eût suffit, même à ce moment, de rapporter la loi étendant la Constitution danoise sur les duchés pour les conserver au roi de Danemark et pour éviter à son royaume les horreurs de la guerre. Car ayant signé le traité de Londres, l'Autriche et la Prusse auraient été obligées de ne pas sortir du concert européen. Mais se berçant de l'espoir que l'Angleterre, la France et la Russie soutiendraient leur pays, les radicaux danois ne voulurent écouter que leur antagonisme de race et se refusèrent à toute transaction.

Les opérations militaires commencèrent le 1" février, les armées austro-prussiennes ayant franchi l'Eider ce jour-là. la division du général autrichien Gablenz força la position du Danewerk et prit, au prix de grands sacrifices, Jagel et Kônigsberg. Ce furent des hussards hongrois qui chargèrent à

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