CHAPITRE II
Oversee et s'emparèrent de Flensbourg. Grâce à leur courage, on arriva promptement sur la frontière du Jutland.
Alors le cabinet de Vienne parut hésiter, craijjjnant l'éventualité d'une intervention étrangère. Mais il ne pouvait convenir à Bismarck de continuer la guerre pour le compte de la Prusse seule; il fit donc envoyer par le roi le comte Manteulfel à Vienne. Et François-Joseph se laissa persuader par ses instances : le 1" mars on signa un nouvel engagement pour la continuation de la guerre, cette fois sur le territoire danois proprement dit.
Le général Gablenz franchit le Kônigsau le 8 mars et battit les Danois au combat de Veile d'une façon si sérieuse qu'il put mettre le siège devant Frédéricia immédiatement, tandis que les Prussiens bombardaient les ouvrages de Duppel. Ils résistèrent jusqu'au 18 avril, et Frédéricia tomba huit jours plus tard dans les mains des Autrichiens. La rencontre de leur flottille avec l'escadre danoise à Héligoland mit pour la première fois en lumière le nom de Tegetthof, qui y jetta un jalon éclatant pour sa future gloire.
Gomme le 29 juin les troupes austro-prussiennes opérèrent leur passage sur l'île d'Alsen, se rapprochant de la capitale danoise, Christian IX crut devoir céder enfin : il renvova son ministère radical et il invoqua la clémence des vainqueurs. On signa les préliminaires le 1" août et le traité de paix le 30 octobre à Vienne, en vertu duquel l'Autriche et la Prusse devinrent co-possesseurs des duchés de Slesvig-Holstein et de Lauenbourg.
Se basant sur les visites réitérées que lui fit le roi de Prusse, accompagné de Bismarck, dans le courant de Tannée, François-Joseph avait le droit de croire à l'amélioration des relations entre l'Autriche et la Prusse. Mais s'étant convaincu dans la guerre contre le Danemark de sa supériorité personnelle et, le fusil à aiguille aidant, de celle de l organisation militaire prussienne, tout autre était le dessein du futur » chancelier de fer » . Il irait bien encore avec l'Autriclie tant qu'il s'agirait d'annuler les droits du duc d'Augustenbourg, lui suscitant des compétiteurs, l'accusant de fomenter une révolution.
Le " coiidominium « ferait fatalement naître ensuite de telles complications qu'il serait impossible de le prolonger. Alors, comme les duchés se trouvent à proximité de la Prusse, ils tomberaient naturellement dans ses mains; sinon ils serviraient de prétexte pour pouvoir attaquer l'Autriche au moment le plus favorable, et surtout avant qu'il ne réussisse à François-Joseph de mener à bonne fin son œuvre personnelle : sa réconciliation avec la Hongrie, dont Bismarck sut, avec son coup d'œil génial, mieux apprécier la portée immense qu'aucun de ses contemporains.