‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 44 sur 168 · LE COMPROMIS · texte numérisé non relu

LE COMPROMIS

Quand, au commencement de l'année 1865, tant à cause de la situation financière de plus en plus précaire de la Monarchie, qu à lu suite des [)rovocations de plus en plus fréquentes de la Prusse, — sans compter 1 influence magyarophile de l'impératrice Elisabeth, ainsi que la résistance passive des Hongrois, — François-Joseph interrogea la première fois son entourage au sujet de la possibilité d'une réconciliation complète avec la Hongrie,* il ne reçut pour réponse de tous côtés qu'une exclamation de stupeur, mêlée d'effroi. Les échos des murs séculaires du vénérable château impérial iHofburg) eux-mêmes ne lui répétèrent que les noms des Hongrois ayant combattu les Habsbourg les armes à la main, depuis Bocskay jusqu'à Kossuth.

Mais la scrupulosité tenace du souverain ne se laissa pas démonter par cet échec prévu. Pour démontrer à son entourage et aux hommes d'État autrichiens intransigeants l'inanité de leur méfiance à l'égard de la Hongrie, il chargea les conservateurs hongrois, au fond très bons patriotes, de demander à François Deâk un programme pouvant tranquilliser les alarmes de ceux aux yeux de qui il y avait incompatibilité

entre la situation de grande puissance de la Monarchie et les dispositions de la Constitution hongroise. Désireux de faire cesser le plus vite possible les afflictions de sa patrie, Deâk prit pour prétexte, sans tarder, un article du journal viennois Der Botschafter, inspiré par Schmerling, dans lequel on avait attaqué la Hongrie, quelques jours auparavant, une millionième fois. Il y riposta avec la déclaration que, selon l'enseignement de l'histoire, on pouvait avoir une ferme confiance dans la sagesse des rois de la famille régnante , qui avaient su toujours réparer les fautes de leurs conseillers non-hongrois, et que la Hongrie était toujours toute prête à contribuer à la défense de la Monarchie et de s'entendre à ce sujet avec les pays héréditaires. Et afin que cette déclai'ation, insérée dans le Pesti Naplé, le journal du romancier publiciste, baron Sigismond Kemény, fût plus solennel, il la fit paraître le dimanche de Pâques (le 16 avril 1865), associant ainsi au souvenir de la résurrection du Christ sa tentative de rendre son pays à la vie nouvelle, pressentie quarante ans auparavant par l'àme prophétique de Széchenyi ! Et l'article fut complété par un interview avec Deâk, publié quelque temps après, où Ludassy, le rédacteur en chef du journal du comte Apponyi, énuméra les affaires que son illustre interlocuteur considérait comme étant communes aussi bien aux pays héréditaires qu'à la Hongrie, d'après l'esprit de la Pragmatique sanction, à savoir : la défense de la Monarchie en temps de paix et en temps de guerre, c'est-à-dire la diplomatie, l'armée et la marine, ainsi que la douane.

Ayant pris connaissance de ces ouvertures avec la plus grande satisfaction, François-Joseph avança hardiment sur le chemin de la réconciliation. Une exposition agricole organisée à Pesth par la « Société des agriculteurs hongrois » , lui fournit une excellente occasion pour se mettre en contact avec la geniry, la classe la plus influente de la population hongroise. H se rendit donc dans la capitale de la Hongrie au mois de juin 1865, où il crut d'autant plus pouvoir compter sur un bon accueil, qu'il avait donné un gage sérieux de ses bonnes intentions quelque temps auparavant, en suspendant en

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