‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 45 sur 168 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Hongrie l'octroi des réformes judiciaires, projetées par Schmerlin^;.

Pendant son séjour au château de Bude, il eut l'occasion de manifester publiquement son intention de faire convoquer la Diète et de se faire couronner comme roi de Houfjrie. En abordant François Deâk avec une cordialité visible, il indiqua d'autre part clairement qu'il était prêt à accepter sa manière de voir el (ju'il le considérait comme le représentant autorisé de l'opinion puMifjue Iion^jroise fl). En prenant congfé des autorités au moment de son départ pour Vienne, il déclara en outre qu'il était convaincu de pouvoir compter sur les Hong^rois et qu'il allait revenir bientôt.

Les effets de cette démarche et de ces énonciations de François-Joseph furent aussi considérables que variés. A Bude et à Pesth elles enivrèrent les populations, qui ne surent comment exprimer leur enthousiasme, et dont la joie devint communicative pour tous les départements dévoués à la cause hon^jroise et au libéralisme. Dans les camps des nationalités, on les apprit au contraire avec stupeur et découragement, car on s'y rendait compte que la réconciliation définitive entre les Habsbourg et les Hongrois terminerait à jamais l'ère des troubles, si avantageuse à l'éclosion et au développement des tendances irrédentistes roumaines, serbes et autres. Ouant au désarroi du ministère et de ses caudataires, il était indescriptible, le voyage ayant eu lieu contre le gré de Schmerling et les discours de l'empereur ne lui avant pas été communiqués préalablement. Ce fut le comte Hermann Zichy qui comprit le mieux la signification du vovage du souverain; aussi voulut-il donner sa démission sans retard, mais Schmerling l'en dissuada encore. Alors, après un nouvel échec de ce dernier au « Reichsrath ^ (le 21 juin), François-Joseph se vit forcé de brusquerie dénouement en annonçant dans le Conseil des ministres, cinq jours plus tard, qu'il avait nommé Georges

(1) Vous êtes un homme lieureux, disait l'empereur à Deâk en sortant de table, car vous avez un parti plus noinljreux en Ilonjjrie que moi!

— Et moi, Sire, répondit avec tact le grand patriote, je suis heureux d'appartenir au parti de Votre Majesté !

de Majlàlh chancelier hongrois et que Zichy et Nâdasdy avaient été priés de lui remettre leur démission. Manière polie de congédier le ministre lui-même dont le libéralisme était incontestable, mais qui avait plutôt l'étoffe d'un bureaucrate ou d'un magistrat que d'un homme d'Etat. Quoique très supérieur à Bach en fait de jurisprudence, il croyait pouvoir fonder le constitutionnalisme en Autriche sur les ruines de la Constitution hongroise, en oubliant qu'il est impossible d'être libéral sans respecter le droit de tout le monde. Gomme la formation du nouveau cabinet n'alla pas vite, il eut l'humiliation de faire l'intérim pendant un mois et d'assister ainsi, avant qu'il ne devînt président de la Cour de cassation en Autriche, à Teffondrement de son œuvre, particulièrement fatale à l'Empire lui-même au point de vue financier. On vit demander en outre un congé illimité par l'archiduc Régnier, président du Conseil, suivi quelque temps après par l'ajournement sme die du «Reichsrath » , tandis qu'en Hongrie on supprima la charge de gouvc.TiCur et on confia l'administration politique et financière du pays au baron Paul Sennyey, investi de la dignité de Tavernicus, que la Constitution de 1848 avait en réalité supprimée, mais dont le caractère éminemment hongrois n'était pas fait pour déplaire à aucun patriote. D'ailleurs le nouveau titulaire était très estimé à cause de sa haute intelligence et de ses nombreuses qualités morales. Finalement, au commencement de septembre, on convoqua les Diètes hongroise et transylvanienne, la première pour le 10 décembre et la seconde pour le 20 novembre.

Toutes ces mesures étaient incontestablement autant de preuves des intentions les meilleures de François-Joseph à l'égard de la Hongrie. En avançant la convocation de la Diète de Transylvanie et en désignant la ville de Kolozsvâr comme lieu de réunion, on devina que dans son esprit, il s'agissait là d'une nouvelle proclamation de l'union de ce grand-duché avec la mère-patrie. Mais d'autre part on constata aussi avec regret que la reconnaissance des lois de 18 48 ne paraissait pas être pour l'empereur une nécessité absolue, et que l'on espérait à Vienne donner satisfaction aux Hongrois à meilleur

Page 1