‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 47 sur 168 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

personnalité par-dessus le marché née sous une bonne étoile, à qui Deâk seul pouvait abandonner une fraction de sa tâche sans craindre sa supériorité.

Et le rescrit envoyé par l'empereur en réponse à l'adresse de la Diète, était justement de nature à nécessiter les bons offices d'un médiateur semblable, car il portait l'empreinte de l'influence des conservateurs hongrois, désireux de faire la réconciliation surtout à leur propre profit. «Nous assisterons donc, disait le document, avec satisfaction à la discussion des matières qui se rapportent aux affaires communes, et Nous sommes convaincu qu'en approfondissant ces questions, on s'apercevra involontairement de la nécessité d'une révision et d'une modification utiles des lois de 1848... La solution satisfaisante de la question des affaires communes ne consiste pas dans leur simple énumération; elle suppose en même temps leur expédition uniforme et assurée contre tout obstacle, ainsi que la protection de l'activité combinée tant de la législature que du pouvoir exécutif. Gonséquemment, traiter les diverses branches de l'administration s'y rapportant, avec l'indépendance que l'article III de la loi de 1848 concède, exclut toute possibilité de s'occuper efficacement de la gestion des affaires communes. >'

De telles affirmations n'étaient pas faites pour tranquilliser Deâk. Il s'en fallut de peu qu'il n'interrompît de nouveau les négociations. « Votre Majesté a renoncé à l'absolutisme, disait-il dans sa réponse, votée à l'unanimité le 19 mars; or une telle réunion du pouvoir législatif et exécutif, fùt-elle momentanée, n'est pas autre chose que de l'absolutisme. Ce ne fut pas une continuité du droit semblable que consacrèrent le principe constitutionnel, les lois, les diplômes inauguraux des rois et les textes de leurs serments ! La véritable continuité du droit ne comprend pas seulement la création des lois, mais aussi leur maintien et exécution. »

Si on n'eût pas été absolument convaincu de l'urgence de la réconciliation, aussi bien à Vienne qu'à Pesth, cette seconde adresse de Deâk aurait très bien pu provoquer une dissolution. Mais les nuages s'amoncelaient menaçants sur l'horizon de la

politique étran{jère, et l'approche de Tora^je rendait les négociations plus cordiales. La Diète élut une Commission composée de G 7 membres des deux Chambres, chargée de préparer le modus Vivendi avec les pays héréditaires, Commission qui confia la rédaction du projet à une Sous-Commission de 15 membres (le 3 mai), et l'empereur agit personnellement au sujet des secours à accorder aux cultivateurs hongrois, sinistrés par les effets désastreux d'une gelée tardive (les 25 et 26 mai). D'ailleurs cette calamité nationale fit ses ravages au sein de la Diète aussi: elle rompit l'union des éléments libéraux de la Chambre des députés. Pressé par l'extrême gauche, le centre gauche proposa l'envoi d'une nouvelle adresse au sujet du rétablissement immédiat de la Constitution, afin que la question des secours put être constitutionnellement tranchée. M. Coloman de Tisza proposa une " résolution » , affirmant qu'il n'y avait qu'une calamité : l'absence du constitutionnalisme. Mais Deàk ramena la discussion sur le terrain humanitaire et soutint que la Chambre ne devait pas s'occuper d'une question pour le règlement de laquelle on avait déjà nommé une Commission. Avis que la majorité adopta également (le 16 juin) .

Entre temps, la Sous-Commission du compromis avec les pays héréditaires travailla sans relâche à sa grande tâche, naturellement sous les auspices du «vieux seigneur" . L'ayant terminé, elle le présenta incontinent à la Chambre (le 25 juin), mais le lendemain on prorogea déjà la Diète à cause des événements de la guerre austro-italo-prussienne. Prorogation qui ne déplut nullement à Deâk, qui, prévoyant les revers de l'armée impériale, insuffisante pour combattre deux ennemis à la fois, craignait beaucoup les manifestations intempestives des intransigeants. Elles pouvaient inutilement entraver la marche des négociations, en exaspérant la cour et le parti militaire.

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