CHAPITRE
Il a été dit plus haut quelle était l'arrière-pensée de Bismarck à l'égard des duchés et le condominiuvi austro-prussien. Il ne tarda pas longtemps avec sa réalisation, indubitablement en prévision de la réconciliation probable de François-Joseph avec la Hongrie, dont il savait très bien apprécier toute l'importance. Poussé dans ses derniers retranchements au sujet de ses intentions, il les fit connaître dans sa note du 22 lévrier 1865, adressée au cabinet de Vienne. Il y demandait une alliance « solide et indissoluble " avec le nouvel Etat de Slesvig-Holstein, sa fusion militaire avec l'armée et la marine de la Prusse, ainsi que leur union postale et douanière. Cette proposition n'ayant pas eu de succès, le 1 7 avril suivant il recourut à l'idée de consulter, sur le parti à prendre, les États des deux duchés eux-mêmes, réunis en une seule assemblée. N'ayant pas encore pu lasser la longanimité du gouvernement autrichien, il se mit alors à défendre les habitants danois du Slesvig contre la soi-disant tyrannie du duc d'Augustenbourg, battu en brèche, sur ses instigations, d'un autre côté aussi par le grand-duc d'Oldenbourg.
Sans cesse en butte à des taquineries semblables, le gouvernement autrichien en arriva vite à regretter sa lointaine conquête. Pour alléger son lourd fardeau, il se décida enfin h replacer la question sur le terrain fédéral, en invoquant les droits de la Confédération germanique et en soutenant maintenant le duc d'Augustenbourg, devenu plus que jamais le favori des souverains et des populations de l'Allemagne.
Ce changement de front de la politique autrichienne aurait pu rapporter des avantages réels, si on y eût persisté; car les États secondaires ne demandaient pas mieux que d'aller avec les Habsbourg, dont ils avaient suivi les bannières pendant des siècles, tandis qu'ils considéraient la Prusse toujours comme
une grande puissance en quelque sorte parvenue. Malheureusement pour l'Autriche, sa diplomatie ne sut pas assez exactement mesurer l'audace de Bismarck et crut simplement que son ambition s'arrêterait à la possession des duchés. Les rodomontades qu'il se permit de faire devant plusieurs diplomates — parmi lesquels un ambassadeur de France, — elle se l'expliqua dans ce sens-lii. Aussi s'empressa-t-elle d'épargner les malheurs d'une grande guerre aux sujets de François-Joseph, en essayant une dernière tentative de conciliation directe avec la Prusse. Elle eut lieu aux eaux de Gastein et aboutit, après plus de quinze jours de négociations, à la signature d'une convention (le 14 août), établissant le partage du gouvernement des deux duchés entre les deux puissances. A l'Autriche écherra le Holstein, à la Prusse le Slesvig; quant au duché de Lauenbourg, la première cédera sa part au roi de Prusse, moyennant la somme de 2,500,000 rigsdalers danois.
Pour obtenir cette solution, qu'il crut être définitive, le cabinet de Vienne se sépara encore une fois des États secondaires allemands. Il pensait que sa tranquillité valait bien quelques sacrifices, et qu'avec le temps il réussirait derechef à apaiser le ressentiment de la Confédération germanique : habituée à s'orienter d'après l'attitude de l'Autriche, elle se trouvait complètement déroutée par ses dernières nombreuses tergiversations. Au fond, les États secondaires en gardèrent une méfiance sérieuse, par laquelle ils ont été quelques mois plus tard singulièrement paralysés au détriment de l'Autriche, dont la politique hésitante n'a pas été comprise par Napoléon III non plus.
Bismarck avait donc beau jeu à lui persuader, pendant son dernier séjour à Biarritz, qu'en souscrivant à la convention de Gastein, l'Autriche ne s'était préoccupée que de sa liberté d'action pour pouvoir écraser l'Italie à la première occasion, et que, par conséquent, le salut de l'Allemagne et de l'Italie exigeait son rejet vers l'Orient. De là, il en vint à démontrer facilement — en substituant la Prusse à l'Allemagne — la nécessité d'une alliance offensive et défensive entre ces deux pays, contractée sous les auspices de la France, qui ne manquerait