‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 5 sur 168 · LA HONGRIE SOUS L'ABSOLUTISME · texte numérisé non relu

LA HONGRIE SOUS L'ABSOLUTISME

Dans toute famille accrue par la naissance d'un membre nouveau, l'affection veille avec sollicitude sur le repos de la mère épuisée de souffrances': on y étouffe le moindre bruit, on n'y vaque aux soins de la maison qu'avec mille précautions et on ne laisse pénétrer les rayons du soleil qu'au travers d'épais rideaux. Quant aux enfants, ils sont envoyés chez les plus proches parents ou chez les amis les plus intimes.

Ce fut dans un silence, dans des ténèbres pareils que la Hongrie moderne, engendrée par la Constitution de 1848, vit aussi le jour. A la fin de 1849 on ne put apercevoir aucun signe de vie sur ses vastes territoires, s'étendant desCarpathes à l'Adriatique, et ses fils les meilleurs et les plus valeureux étaient disparus, cachés ou à l'étranger!

Mais au lieu que ce soit l'amour qui produisît les effets

indiqués plus haut, dans les pays de la couronne de saint Etienne, le silence, les ténèbres et l'absence étaient l'œuvre du ressentiment, de la haine, du plus froid et du plus inexorable calcul. Au lendemain de la capitulation de Vilâgos, ayant eu lieu le 13 août, et de la reddition de Komârom (Comorn), ayant eu lieu le 5 octobre suivant, la terreur blanche inaugura son règne à Pesth par l'exécution du comte Louis Batthyâny, du président du premier ministère hongrois, et à Arad par celle de treize généraux, dont neuf pendus et quatre fusillés. Après un prologue aussi sanglant, la tragédie elle-même ne pouvait être que plus sinistre encore : 500 condamnations à mort furent prononcées par les cours martiales, 116 suivies d'exécution et 384 commuées en emprisonnement de quinze à vingt ans dans une enceinte fortifiée, tandis que le nombre des personnes moins cruellement frappées atteignit 1,265, parmi lesquelles l'archevêque d'Eger (Erlau) , les évéques de Nagy-Vârad et de Szepes, le coadjuteur deCsanâd. On infligea la pendaison en effigie à 29 patriotes, entre autres au comte Jules Andrâssy, l'envoyé de Ivossuth à Constantinople, et à lévêque historien Michel Horvâth. Ceux qui eurent leur fortune confisquée, contraints à payer de fortes amendes, placés sous la surveillance de la police impériale, exilés ou incorporés dans l'armée autrichienne, se comptèrent au contraire par milliers.

Et pour pouvoir agir d'une façon aussi révoltante en toute sécurité et dans l'obscurité voulue, on musela soigneusement la presse, on bâillonna l'opinion publique, on rendit les communications difficiles, on suspendit le fonctionnement des sociétés savantes ou littéraires ; en un mot, on procéda systématiquement à l'anéantissement matériel et moral complet de la Hongrie, vaincue par les forces réunies de l'Autriche et de la Russie.

Or, à la suite d'une de ces surprises extraordinaires que la Providence ménage à l'histoire, ce fut justement cette dernière qui se chargea d'attirer l'attention du monde civilisé sur les atrocités commises en Hongrie par les Autrichiens; car l'empereur Nicolas l" en fut profondément irrité, considérant

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