CHAPITRE III 9T
Si, en bonne justice, on ne peut pas imputer à faute de ne pas savoir un secret bien gardé, on le doit évidemment quand il s'agit d'une inconséquence manifeste comme le gouvernement autrichien en a commis une en déférant au dernier moment (le l"juin) son litige avec la Prusse devant le tribunal de la Confédération. Une note fut envoyée alors immédiatement par le comte de Bismarck à tous les cabinets, rappelant que l'Autriche avait blessé les sentiments pacifiques de l'Europe en empêchant le Congrès; qu'elle venait de violer la convention de Gastein en mêlant la Confédération à la question des duchés; qu'il en concluait, chez l'Autriche, à l'intention de faire la guerre à tout prix, pendant que la Prusse était réduite à se défendre!
Pour mettre le feu aux poudres, on déclara finalement à Berlin que l'Autriche ayant rompu la convention de Gastein, il fallait rétablir le statu quo ante, c'est-à-dire le condominium , et qu'il était conséquemment urgent aussi d'envoyer des troupes prussiennes dans le Holstein. Elles y entrèrent en effet le 6 et le 7 juin, mais déjà les Autrichiens s'étaient retirés à Altona, qu'ils quittèrent également quelques jours après, évitant soigneusement toute collision.
INéanmoins, François-Joseph et son ministre des affaires étrangères, le comte Mensdorff-Pouilly, exceptés, tout le monde était à la guerre à Vienne, car on y était convaincu des succès des armes autrichiennes. Du reste, cette opinion. Napoléon III la partageait aussi. Sous l'empire de cette supposition, il offrait la neutralité de la France à l'Autriche, en échange de laquelle celle-ci s'engageait à respecter le statu quo ante en Italie, à lui céder la Vénétie et à s'abstenir de tout remaniement territorial, sans l'assentiment de la France (traité du 12 juin). Quant aux États secondaires de l'Allemagne, ils étaient en majorité du côté de l'Autriche, notamment les rovaumes de Bavière, de Hanovre, de Wurtemberg. Pour la Saxe royale, elle s'était prononcée dès le commencement pour François- Joseph, attirant sur elle les menaces de Bismarck, dont son premier ministre, le baron de Beust, pouvait se considérer en Allemagne depuis longtemps comme le rival. Mais à vrai dire
tous ces alliés ne pesaient pas beaucoup dans la balance, moins par suite de leur faible organisation militaire qu'en raison de leur peu d'enthousiasme. D'après ce qui s'était passé à Gastein, ils craignaient une entente in extremis entre l'Autriche et la Prusse, et ne se souciaient nullement d'exciter la colère de l'une des deux grandes puissances par leur zèle intempestif.
Sûre de leur appui, l'Autriche protesta donc énergiquement à la Diète de Francfort contre son éviction dans le Holstein, et proposa la mobilisation des corps d'armée fédéraux. Elle fut votée le 14 juin par les royaumes, la Hesse-Cassel, la Hesse- Darmstadt, le Nassau et quelques petits États. Les Saxes ducales, le Luxembourg, le Mecklembourg, l'Oldenbourg et les villes libres se prononcèrent au contraire pour la Prusse, tandis que Bade s'abstint. Le vote étant proclamé, le ministre prussien déclara, séance tenante, que le pacte fédéral était déchiré, que le roi de Prusse regardait la Confédération comme ayant cessé d'exister, mais qu'il était prêt à en former une nouvelle sous sa présidence.
Les relations diplomatiques étant rompues entre l'Autriche et la Prusse depuis lavant-veille, — jour où le comte Alois de Kârolyi, leministre d'Autriche à Berlin, avait demandé sespasseports, — des déclarations de guerre furent publiées de part et d'autre. Celle de l'Italie, lancée le 20 juin, mérite une mention spéciale, car il n'y avait pas de motif qui eût pu la justifier selon le droit des gens. Elle reprochait à l'Autriche sommairement l'oppression de la Vénétie, son refus de reconnaître le royaume d'Italie, d'avoir commencé les armements.
Ce manque de bonne foi ne pouvait rester impuni : l'archiduc Albrecht, le digne fils du vainqueur d'Aspern, qui s'était déjà si glorieusement mesuré avec les Italiens à Mortara et à Novare (1849), les écrasa de nouveau à Custozza (le 24 juin). Journée glorieuse sans lendemain, comme la victoire navale de Lissa, gagnée par le vice-amiral Tegctthoff contre l'amiral Persano (le 17 juillet), car son traité avec la France interdisait à l'Autriche d'entreprendre quoi que ce soit contre l'Italie, tandis qu'au nord elle n'eut à enregistrer que pertes sur pertes (le 2G juin, les batailles de Turnau et de Podol ; le 27,