CHAPITRE III
celle de Nachod; le 28, encore deux : à Skalitz et à Trautenau; le 29, celle de Gitschin, et finalement, le 3 juillet, le désastre de Sadowa). Et ses alliés ne furent pas plus heureux : le roi de Hanovre, chassé de sa capitale dès le IG juin, parles mêmes troupes prussiennes auxquelles il avait accordé Tavant-veille libre passage à travers ses États, dut capituler avec sa petite et vaillante armée à Langensalza (le 29 juin); on amena l'électeur de Hesse-Gassel, sous honne escorte, à Stettin; les Bavarois se firent battre à Scinveinfurth ; on imposa une forte rançon à la ville de Francfort.
Comprenant qu'avec le fractionnement de ses armées, il était impossible de soutenir la lutte, François-Joseph s'adressa dès le 4 juillet à Napoléon pour lui demander sa médiation en vue de la cessation des hostilités; en même temps il lui céda, selon leur traité de neutralité, la Vënétie, que la France devait à son tour rétrocéder à l'Italie. 11 suscita ainsi à la Prusse l'embarras qu'elle aurait voulu éviter avant toute chose : la médiation française. Grâce à elle on put arrêter Teffusion du sang au milieu de la bataille de Blumenau (le '22 juillet) par la proclamation d'une trêve de cinq jours, à laquelle succéda la signature des préliminaires de la paix à Nikolsbourg, le 26 juillet. Quatre semaines plus tard on termina la guerre par le traité de paix de Prague, en vertu duquel l'Autriche fut exclue de la Confédération germanique nouvelle, perdit ses possessions italiennes et versa directement dans les mains de la Prusse l'indemnité de guerre que devait lui payer l'Italie.
L'altitude réservée que la Hongrie avait gardée pendant la durée de la guerre de 18(36 eut plusieurs raisons pour mobile. Si en leur qualité de libéraux invétérés et n'étant jaloux de personne, les Hongroisne pouvaient qu'applaudir aux progrès accomplis par les Allemands et les Italiens sur le chemin de leur unité, les combinaisons par trop diplomatiques du comte de Bismarck, la manière de combattre par trop molle des armées et des flottes de Victor-Emmanuel leur causèrent beaucoup de désillusions. D'ailleurs, comme ils avaient confié le règlement de leur différend avec l'empereur et l'Empire à François Deâk, et comme ils étaient convaincus que leurs justes revendi-
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cations, plaidées par un avocat semblable, obtiendraient gain de cause dans un délai plus ou moins long, ils considéraient qu'il valait mieux attendre quelque temps encore que de courir le risque d'une révolution. Inspirée par des réflexions semblables, la population des villes de Bude et de Pesth reçut l'impératrice Elisabeth et ses enfants, que l'empereur ne trouva pas assez en sécurité h Vienne, avec une respectueuse cordialité, resserrant ainsi par des liens nouveaux leur allection mutuelle, qui se transforma plus tard chez les Budapestois en adoration et déification véritables envers la souveraine, toujours si dévouée à la cause hongroise.
L'émigration et le parti d'action ne pouvaient pas assister cependant tout à fait inactifs à ces grands événements. On organisa, non plus en Italie, mais en Prusse, un corps franc hongrois sous le commandement du général Klapka, à qui l'on adjoignit comme commissaire civil Georges Komàromy, — un des types les plus réussis du gentilhomme hongrois frondeur, patriote et prodigue, — autour de qui s assembla un groupe déjeunes magnats, parmi lesquels le futur président de la Chambre haute, le comte Tiburce Kârolyi, désireux de faire quelques coups d'éclat dans le service de la liberté. Mais la pointe que cette poignée de soldats improvisés fit en Hongrie, n'eut aucune portée : à peine sur le sol hongrois, elle se vit forcée de l'évacuer sans coup férir, par suite de la conclusion subite de l'armistice (1).
Quoique publiquement débattu depuis plus d'un an, le compromis austro-hongrois n'entra réellement dans sa phase de
(1) Une somme assez forte a été mise à la disposition de Georges Komàromy à cette occasion par le gouvernement prussien, tant pour l'équipement que pour l'entretien de ce corps franc hongrois. Comme elle n'a pas été entièrement dépensée, Komàromy voulut en restituer le reliquat. Mais le comte de Disinarck ne le lui permit pas, prétendant qu'il ignorait l'existence de cette subvention et que d'ailleurs il n'avait eu jamais rien de commun avec les révolutionnaires.