CHAPITRE III
lions n'existeraient pas, si on avait gardé les idées que Tu as proposées dans l'origine. La réduction composée par nous trois, relativement aux questions économiques, aurait grandement dissipé certaines difficultés aussi.
« J'affirme péremptoirement que ni la division des dettes de l'État, ni la séparation douanière des deux pays (de l'Autriche proprement dite et de la Hongrie) ne sont dans l'intérêt de la Hongrie. J'ai dit également dans ma rédaction que nous reconnaissons la validité des traités de commerce existants, mais qu'il sera défendu à l'avenir d'en faire d'autres sans notre consentement...
« Mon opinion est celle-ci : Que l'on nous accorde le principal, c'est-à-dire un gouvernement responsable, etqu'ilsoitformé de la majorité; que l'on s'efforce d'accroître la confiance et la Hongrie sera prête à mettre à la disposition de la Monarchie tout ce que sa sécurité exige. Jusque-là la méfiance trouvera autant de phrases explicatives qu'elle voudra et Ghyczy pourra avoir des scrupules même alors aussi... Je suis d'avis qu'il faudrait annoncer d avance que nous ne tenons ni à la division des dettes de l'Etat, ni à la séparation douanière. Je crois même qu'il serait nécessaire de procéder selon les mêmes principes (en Autriche et en Hongrie) en plusieurs questions économiques, naturellement toujours en mettant pour condition que le droit de décider n'appartiendrait qu'aux Parlements et non pas à leurs délégations.
« Je pense maintenant moi-même aussi que la difficulté principale de la transformation constitutionnelle de la Monarchie ne se trouve pas chez nous (en Hongrie), mais au delà de la Leitha (en xVutriche) . On a peur ici de la réunion dans une forte organisation constitutionnelle des pays ayant appartenu à la Confédération (germanique). C'est à cause de cela que l'on veut donner à la couronne tchèque et à la Galicie une forme plus accusée.
" Il n'est pas encore dans notre intérêt, au moins tant qu'il y a la possibilité qu'on nous accorde ce que nous demandons, de nous liguer avec le parti constitutionnel allemand, ou d'entrer en relation avec lui plus intimement, comme il n'est pas
106 LA HONGRIE MODERINE
nécessaire non plus de repousser la ligue qu'il préconise avec tant d insistance. Quand j'étais à Linz (Haute-Autriche), j'ai eu la visite de ceux du parti qui y habitent. Ils en ont fait autant à Hall aussi ; un des membres les plus importants du parti n'y est venu, au nom de ses collègues mêmes, que pour commencer des pourparlers. Ils voudraient que Toi, Â.ndrâssy, Eôtvôs et moi nous vinssions ; de leur côté ils ont désigné d'entre eux Kaiserfeld, Herbst, Giskra, Schindler et Rechbauer (députés du « Reichsrath » ) . Je remarquai que ce serait peut-être encore trop tôt, mais queje Te communiquerais cependant cette idée. Alors Kaiserfeld écrivit une lettre dans ce sens-là à Eôtvôs. Alors mes amis m'envoyèrent à Gratz. Je peux affirmer que ceux avec qui j'ai parlé acceptent le programme de la Sous- Commission des Quinze et, succinctement, c'est ainsi qu'ils s'expriment : ils veulent avoir autant de droits que nous en aurons et il faut restreindre au possible le nombre des affaires communes; que les pays de l'Autriche ayant appartenu à la Confédératiou germanique forment un tout centralisé. LaGalicie pourrait rester en dehors.
" Hùbner me disait que, d'après son avis, en Hongrie, remettre les choses en ordre ne sera pas difficile ; là on trouve desbases anciennes, des habitudes parlementaires, conséquemment de la stabilité et un esprit monarchique ; dans les pays héréditaires, ce sont au contraire les tendances démocratiques et des irrédentismes qui prédominent.
« J'avoue que je ne crois à la réussite que si Belcredi part. Il a beaucoup d'esprit et il est très intéressant quand il discute, mais il est par trop bureaucrate. On peut compter plutôt sur Hûbner (1) . »
On voit par cette lettre que si ces deux hommes d'État étaient les représentants de l'empereur, Andràssy et Lônyayse comportaient comme mandataires de Deàk, dont le caractère extraordinaire provoqua un étonnement général à la cour. Il pressa la formation d un ministère et refusa en même temps d'en faire partie ! Il fit tous ses efforts pour rendre la Hongrie
(1) KÔNYï Mâsô, Dedli Ferencz beszéclei. Vol. IV, p. 32 à 38 et passim.