CHAPITRE III
de l'Autriche pour les blessures dont elle nous a couverts depuis près de quatre siècles, nous ne pourrions pas faire autre chose que rompre le fil des nejjociations et retourner dans nos foyers afin que TAutriche meure, en perdant son sang par toutes ses plaies béantes. Or ceux qui ne cultivent point une politique de vengeance, mais dont l'unique préoccupation est la conservation à tout prix de notre race et de notre nationalité, qui en s'arrêtant à la possibilité de la dissolution de l'Autriche, ne cessent pas se demander : et quid tune? ceux-là n'imiteront pas l'exemple de Samson et ne feront pas crouler les colonnes de l'édifice uniquement pour le plaisir de savoir que Tennerai abhorré sera aussi sûrement écrasé que nousmêmes !... Le rôle de l'Autriche en cas de sa désagrégation ne pourrait être confié à la Hongrie parla diplomatie européenne que si elle avait devant elle une Hongrie compacte, réintégrée dans ses droits, ne pouvant pas être ignorée ou évincée par personne ! Il faut donc que la Hongrie recouvre ses droits le plus tôt possible! •>
Contre des arguments pareils l'opposition ne fit entendre que des imprécations rétrospectives ou des appels aux passions les plus violentes. Les discours de M. de Tisza, de Ghyczy étaient remplis de fiel ; Joseph Madarâsz reprocha aux modérés leur longanimité, qui n'eut même pas le mérite de remporter quelques succès ; quant à Alexandre Csanady, il alla jusqu'aux insinuations malveillantes. « Il parait que le gouvernement a mis en ligne de compte les variations de principes de certains cercles, et son calcul n'a pas été erroné. Car qui l'eût cru, et la chose est cependant arrivée, ce sont les mêmes hommes qui après avoir rédigé en 1861 des adresses rencontrant l'approbation générale de la nation, surprennent maintenant la Diète avec leurs projets sur les affaires communes, quoique l'acceptation de ces projets soit équivalente à l'anéantissement de notre Constitution! » Il trouva que le projet de Deàk visant la continuation des travaux de la Commission des Soixante-sept n'était ni légal, ni logique, ni équitable. Il n'est pas légal, car une Diète convoquée par l'absolutisme n'a pas d'autres pouvoirs que de réclamer le rétablissement de la Constitution ; il
n'est pas logique, car il est en contradiction avec les deux adresses de 1861, dont Deâk fut en partie l'auteur; ni équitable, car il ne faut pas conclure des variations de principes d'un représentant quelconque au changement d'avis de l'opinion publique.
En usant de son droit de réponse que lui donnait sa qualité d'auteur de la proposition, M. Coloman de Tisza fit tous ses efforts pour ramener la discussion à la hauteur qu'un sujet aussi élevé pouvait exiger. Il prit même la défense de Deâk contre les attaques inqualifiables de Csanâdy, et en terminant il exprima l'espoir que « si son opinion ne prévalait pas, cela soit lui et non pas la majorité qui se trompe. »
Finalement ce fut Deâk qui se leva — en Hongrie les députés ne montent pas à la tribune — pour réfuter une à une les objections. Avant tout il pria la Chambre de ne pas perdre son temps avec des recherches sur l'origine des blessures faites à la patrie. Il importe surtout de trouver des remèdes les guérissant le plus tôt possible. De là son désir de ne pas laisser interrompre les travaux de la Commission des Soixante-sept. A ce sujet il s'arrêta aux déductions de Coloman Ghyczy, car elles étaient logiques. » Nous espérions — avait dit ce dernier — que nos prières seraient exaucées, que notre Constitution nous serait rendue ; or cet espoir s'est évanoui. Cependant ce fut cet espoir qui nous engagea à élire une Commission; donc cet espoir cessant, il est impossible que la Commission puisse continuer son travail. » Selon Deak, ce renoncement à l'espoir serait d'autant plus désastreux que, si on Télevait à la hauteur d'une décision parlementaire, il pousserait le pays au désespoir ou à la révolution : deux conséquences que ne voudrait voir se produire aucun patriote. Du reste, l'opposition elle-même est pour l'envoi d'une adresse; elle espère donc aussi quand même. Il est très étonné des reproches que l'on adresse à la Sous-Commission des Quinze. Son travail n'est pas à l'ordre du jour, et cependant on prétend qu'elle a sacrifié les droits constitutionnels et l'indépendance de la Hongrie, que pour quelques broutilles elle a vendu l'essence de la Constitution hongroise! Et qui pis est, on ne craint pas d'attacher son