‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 57 sur 168 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

nom à ces agissements incriminés. Un procédé pareil le blesse horriblement, mais il supporte les insinuations si son adversaire est convaincu, et s'il croit qu'il donne par cela plus de poids aux principes qu'il juge nécessaires pour le bonheur de la patrie. En ce qui concerne les attaques de M. Madarâsz, il lui rappela que son parti n'était pas au pouvoir; donc, lui faire un reproche au sujet de l'attitude du gouvernement était un anachronisme. Il lui posa également la question s'il eut été capable d'obtenir avec sa politique ce que le parti de Deâk était incapable d'obtenir? En terminant, — après avoir analysé une fois de plus la soi-disant valeur de l'opinion publique, — il déclara qu'elle avait l'air de désirer ardemment le compromis, tout en voulant conserver aussi l'indépendance complète du pavs (discours du 6 décembre).

La majorité qui repoussa ce jour-là la proposition de M. de Tisza atteignit 120 voix sur 334 votants. Pour dédommager la gauche de cet échec et pour faire une démonstration contre les idées conciliatrices de Deâk, les ultras organisèrent alors une promenade aux flambeaux pendant laquelle on poussa des Il Eljen » (Vive) en l'honneur de MM. de Tisza, Ghyczy et Kossuth. Mais cette démonstration ne trouva pas d'écho dans la bourgeoisie des villes sœurs Bude et Pesth. Elle les excita au contraire à 1 arrangement d'une contre-démonstration, que Deâk déclina poliment, mais avec fermeté.

Eerme jusqu'à l'inflexibijité était le projet d'adresse que la Commission présenta à la Chambre le 1 1 décembre et qui sortait de la plume de Deâk. Si elle est déjà pressante par suite de sa brièveté, sa péroraison a quelque chose de farouche.

" Il est impossible qu'en visant un but si élevé (l'introduction du constitutionnalisme dans les pays héréditaires), Votre Majesté veuille refuser le complet rétablissement de la Constitution hongroise, dont l'existence remonte à plusieurs siècles et qu'un traité fondamental solennel garantit. Il est impossible que Votre Majesté ne veuille pas tenir gracieusement compte du principe politique fondamental que maintenir intactes et faire exécuter les lois légalement créées jusqu'à leur abroga-

tion par la voie de la lé^jislation ordinaire, est le premier et le plus sacré devoir du pouvoir. Il est impossible qu'en mettant à l'écart ce principe, Votre Majesté veuille ébranler la foi et la confiance de ses peuples dans l'avenir assuré de leur liberté constitutionnelle. »

Comme un alinéa de l'adresse demanda l'amnistie pour tous les exilés et condamnés hongrois, et un autre appuya éloquemment aussi sur le plus prompt rétablissement de la Constitution suspendue dans les pays héréditaires, le travail de Deâk avait un accent de franchise qui effaroucha beaucoup les conservateurs. A la Chambre des magnats, il y eut quelques orateurs qui parlèrent en faveur de l'atténuation de certains passages, tandis qu'à la Chambre des députés ce furent les représentants de nationalité serbe ou roumaine, qui voulaient insinuer qu'il faudrait employer l'expression : « les nationalités de la Hongrie, » au lieu de : « la nation hongroise » là où l'adresse revendique pour cette dernière la restitution de ses droits. Mais Deâk resta inflexible. Il n'a pas oublié ce qui avait été convenu entre François-Joseph et lui le 19 juillet; il était donc convaincu que les retards dans l'accomplissement des promesses de l'empereur ne provenaient que de son entourage, auquel s'adressait l'énergie de son langage. A l'aide de la parole très écoutée du baron Bêla Wenckheim, il fit donc comprendre aux magnats qu'ils auraient tort d'affaiblir la portée de l'adresse par l'envoi simultané d'une autre. En ce qui concerne les remarques du député roumain M. Alexandre Mocsonyi et du député serbe Milétics, il leur répondit que parler des nationalités suppose le fédéralisme ; or la Constitution hongroise n'admettait pas encore cette forme de gouvernement. Et pour le moment il ne s'agissait que du rétablissement de la Constitution. Celle-ci une fois rétablie, c'est à l'avenir à décider si l'on veut consentir ou non à la transformation constitutionnelle qu'ils réclament. L'adresse obtint finalement une grande majorité dans les deux Chambres, et les comtes Jean Cziràky et Jules Andrâssy la présentèrent à l'empereur.

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