CHAPITRE III
du pouvoir exécutif, tandis qu'il faut considérer le second comme l'objet de Taccord futur. La restitution de la Constitution, la nomination d'un ministère ne sont pas des concessions, ce sont des exigfenccs qui découlent de la Prafjmatique sanction, de la théorie du constitutionnalisme.Si dans la Pragmatique sanction la nation a reconnu 1 hérédité de la maison régnante, celle-ci de son côté s'y est engagée au maintien des droits et de la Constitution de la nation; or le principe fondamental de toute Constitution, ou même de tout absolutisme bien organisé, est d'exécuter les lois, tant qu'on n'en promulgue pas d'autres. »
« A ce moment Beustfit remarquera Deâk — quoique avec beaucoup de ménagements — que parmi les lois devant être rétablies, se trouvent aussi celles de 1848, et que le souverain sous le règne de qui on les avait créées était maladif, qu'elles ont été sanctionnées sous la pression des événements, qu'elles ont été suivies par la révolution, la guerre civile, le soulèvement des peuples. »
Il Deâk réfuta ces objections une à une. « Si on nous parle, dit-il, à propos des lois de 1848, d'événements ayant imposé leur sanction, nous voyons dans cette objection un avertissement menaçant, qui ne nous engage certes pas de conclure un accord à présent, où la situation de l'Empire est plus compromise qu'elle n'était en 1848. Car quelque soit l'accord que nous fassions, on pourra l'attaquer à tout instant avec la même logique avec laquelle on attaque maintenant la validité des lois de 18 48. En ce qui concerne les luttes intestines qui ont suivi la création des lois de 1848, c'est une accusation que l'on a tort de soulever, surtout devant moi, — souligna Deak, — qui ai eu le malheur, — par suite de ma position (de ministre de la justice), — d'assister, aussi prés que possible, aux péripéties des événements d'alors. Ce ne sont pas les lois de 1848 qui ont provoqué la révolution, la guerre civile et le soulèvement des peuples mentionnés, mais la réaction à laquelle le pouvoir échappait à cause de ces lois. A peine étaient-elles en vigueur que déjà on vit les nationalités, excitées par la réaction, s'armer contre nous.
Obéissant aux ordres du souverain et de son gouvernement légal, les troupes régulières combattirent les révoltés; or, en face d'elles, il y avait aussi des troupes autrichiennes à la tète de ces révoltés. Quand Batthyâny et moi nous nous plaignîmes à Vienne, Latour, le ministre de la guerre autrichien, nous répondit ironiquement : » Abrogez les lois " de ] 848, et l'ordre sera immédiatement rétabli. » Nous exposâmes également nos plaintes à Wessenberg, à cet autre membre du cabinet autrichien, qui nous déclara franchement qu'il y avait alors à Vienne deux gouvernements; l'un était public et l'autre occulte. Lui, Wessenberg, n'est membre que du premier, du public. Ce qui se passe en Hongrie se passe à son insu, sur l'ordre du gouvernement occulte. Une semaine après la nomination du ministère hongrois, sans qu'il soit averti ou qu'il soit consulté, on a nommé bân de Croatie Jellatchitch, l'agitateur illyre avéré. Pour se disculper, on prétendit qu'à ce moment-là les lois n'étaient pas encore sanctionnées. Et nonobstant le ministère hongrois considéra comme son premier devoir d'inviter à ses conseils ce ban dont la nomination avait été faite sans qu'il soit consulté, lui proposant, dans l'intérêt de la Croatie, de tenter en commun tous ce qui pourrait rassurer le peuple croate. Ce fut avec dédain que le ban accueillit cette invitation bienveillante. Les correspondances interceptées de certains hauts personnages indiquèrent le côté d'où l'on attisa le feu des luttes intestines. Ce sont des affaires dont on a tort de vouloir se servir contre nous. Car les indices compromettants remontent jusqu'aux cercles les plus élevés. Aussi Deâk s'abstient-il de soulever cette question en public, mais quand il en est question entre quatre yeux, et avec une personnalité telle que Son Excellence, qui lui fait l'honneur de le venir voir, il lui est impossible de passer sous silence ses remarques. Les lois de 1848 n'étaient qu'un cadre, qui ne devait être rempli que plus tard. Si des luttes intestines regrettables n'étaient pas survenues, les contours eussent été depuis longtemps complétés déjà, le pays eût depuis longtemps compris ses devoirs concernant les affaires communes. Que tout cela n'ait pu avoir lieu