‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 62 sur 168 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

orales qu'il fit aux diverses députations chargées de lui présenter les félicitations de son parti ou de ses électeurs à l'occasion du jour de l'an, portaient aussi l'empreinte d'un grand découragement. » Je ne dis pas que tout espoir soit disparu, mais j'affirme qu'il sera plus difficile de nous tirer d'affaire aujourd hui, qu'il n'a été il y a un an!... La bonne volonté ne fait pas défaut chez moi, mais le succès est dans la main de Dieu !... Dieu veuille que cette pauvre nation puisse enfin se remettre de tant de malheurs et reprendre ses occupations pacifiques! "

Si le froid que jeta le rescrit du 28 décembre, conçu dans l'esprit absolutiste le plus pur, ne fit pas tout le mal qu'il eût pu taire au point de vue de l'exaspération des Hongrois, on le doit incontestablement en grande partie au rapprochement que produisit, entre le couple impérial et les représentants de la nation, la réception de ces derniers au uHofburg) de Vienne, à 1 occasion de la nouvelle année. Ce fut Bêla de Bartakovics, archevêque d'Eger (Erlau), qui parla au nom des deux Chambres de la Diète hongroise,, d'abord à 1 empereur, ensuite à Timpéralrice, dont les réponses bien senties et alfectueuses surent rapidement refermer les blessures maladroitement réouvertes par les derniers champions de la réaction réfugiés au sein de l'état-major.

Après le dhier donné en l'honneur de la députation, François-Joseph adressa plusieurs questions aux personnages les plus en vue. Soigneusement consignées dans le journal de Melchior Lônyay, elles dépeignent clairement les préoccupations du souverain, désireux de satisfaire les réclamations de la Hongrie et inquiet au sujet des suites que pourraient avoir pour l'avenir de la Monarchie l'acceptation simple et définitive des projets de Deâk. Il s'informa d'abord s'il était (à cause

du rescrit) fâché? Au comte Andràssy il demanda aussi un renseignement sur Deâk. En lui répondant, l'interpellé saisit l'occasion de lui déclarer respectueusement qu'il ne voudrait rien entreprendre sans obtenir préalablement l'approbation du « vieux seigneur » . L'empereur annonça alors que le contre-projet que son gouvernement avait préparé au sujet des affaires communes et de la manière de les expédier était prêt, et il engagea Andràssy d'en tenir sérieusement compte. Andràssy lui répondit qu'il ferait tout son possible en faveur du projet gouvernemental, qui, vu ses auteurs, est probablement irréprochable dans la forme. Mais c'est le fond qui doit produire l'apaisement tant désiré. La Pragmatique sanction elle-même en est la meilleure preuve, puisqu'elle consiste dans ces trois mots : l'indivisibilité (en ce qui concerne le patrimoine des Habsbourg), rinséparabihté (des parties intégrantes de la Monarchie) et l'indépendance (des gouvernements respectifs de l'Autriche et de la Hongrie) . Les deux premières ont l'air d être en contradiction flagrante avec la dernière et ils ont néanmoins suffi pendant cent cinquante ans pour le gouvernement de l'Empire. S'il avait fallu les juxtaposer théoriquement et logiquement avec toutes leurs conséquences, on discuterait encore aujourd'hui sur la Pragmatique sanction.

L'empereur ne fit aucune réflaxion, mais il aborda Beust, et l'ayant emmené dans une embrasure de fenêtre, il lui parla longtemps (I).

Le lendemain, — 9 janvier 1867, — Andràssy, Eotvôs et Lonyayse rendirent chez le baron de Beust pour y discuter les propositions du gouvernement, représenté, en dehors du maître de la maison, par Belcredi, Majlâth et Sennyey. Ce fut Beust qui ouvrit la séance avec un discours long, mais assez embrouillé, dit Lonyay. Andràssy lui répondit que Majlâth lui ayant déjà communiqué le projet du gouvernement, il l'avait étudié et il l'avait trouvé logique et bien fait. Mais il ajouta aussi qu'il ne le trouvait pas assez bien formulé au point de vue des habi-

(i) KoNYï Manu, Dedk Fcrencz besiédei. Vol. IV, p. ICO et passim.

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