‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 7 sur 168 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

devaient combattre dans les rangs des Hongrois, selon les informations autrichiennes, il y en avait tout au plus 1 ,200, et que ses officiers montraient plus de sympathie pour la cause hongroise qu'il ne l'eût voulu.

Si, malgré cette désunion des cours de Saint-Pétersbourg et de Vienne, il y eut un certain accord dans les notes comminatoires qu'elles avaient envoyées à la Sublime-Porte, au sujet de l'extradition des Hongrois réfugiés sur le territoire turc, — au nombre de 4,500 environ, parmi lesquels Louis Kossuth é{jalement, — il provenait de l'identité de leurs tendances, à l'influence de laquelle Nicolas I" croyait tellement qu'il supposait le concours de l'Autriche comme lui étant pour toujours acquis. Or, elle le lui refusa dès le commencement de la guerre d'Orient, car dans l'entourage de François-Joseph, le souvenir du danger que son Empire avait couru par suite des conséquences possibles de l'intervention russe, provoquant la sécession des nationalités slaves et orthodoxes, était trop vivace encore pour consentir et collaborer au développement immodéré de la puissance moscovite.

On voit donc que ce fut le mouvement hongrois qui ébranla 1 le plus sérieusement l'édifice savamment construit des traités de 1815 en disloquant sa pierre angulaire : l'alliance austrorusse. A ce point de vue-là son importance est immense, et la marche de la politique générale de l'Europe, dans la seconde moitié du xix" siècle, ne s'explique que parles événements de cette guerre intestine de la monarchie des Habsbourg, si glorieuse pour la Hongrie, et à'iaquelle les hommes d'État autrichiens ajoutèrent un épilogue des plus sanglants.

Pour qu'il soit tel, les raisons ne manquaient pas. A vrai dire, les Hongrois le provoquèrent volontairement quand ils se rendirent non pas aux Autrichiens victorieux à Szôreg et à Temesvâr, mais aux Russes, qui en somme n'avaient fait que peu de besogne. C'était évidemment une attitude humiliante pour les anciens camarades de l'armée impériale, et psychologiquement on conçoit facilement leur exaspération . Par malheur elle se personnifia dans une individualité en principe cruelle, dans le général en chef autrichien, muni des pouvoirs

les plus étendus, dans le baron Haynau, surnommé « l'hyène de Brescia « à cause de ses actes inhumains commis dans cette ville italienne. Ayant rempli presque à la lettre la promesse faite à son jeune souverain dans les derniers jours de juin de vaincre la révolution hongroise en moins de six semaines, et ayant exécuté un mouvement stratégique d'une grande hardiesse à travers le centre de la Hongrie, voir lui échapper la gloire de terminer la guerre le froissa dans son amour-propre de soldat. C'était décupler sa férocité innée, c'était bénévolement provoquer ses accès de folie furieuse périodiques. Il en eut non seulement quand il ordonna le 1" mars 1850 l'enrôlement en masse de tous les Hongrois ayant servi dans l'armée nationale, mesure inexécutable, mais aussi quand il laissa libre cours à sa mauvaise humeur à l'égard des administrations civiles, qu'il traita avec le mépris du soudard. Après avoir terminé la plus grande partie de sa tâche sanglante et ses démêlés avec les ministères ayant atteint leur acuité suprême, il fut révoqué au mois de juin 1850 et mis à la retraite. Soit pour jouer un tour de sa façon au gouvernement, soit pour racheter ses crimes, il sauva alors la vie de trente députés hongrois condamnés à mort, et entreprit une campagne oppositionnelle contre le ministère dans les journaux viennois, sous le pseudonyme de " Bélisaire H " . Les outrages que lui firent subir les employés de la grande brasserie anglaise Barclay et Perkins, lors de son voyage fait à Londres, quelque temps après, étaient en quelque sorte un châtiment infligé par l'opinion publique des pays civilisés. En y applaudissant, celle-ci ne visait pas la seule individualité sombre de Haynau, mais aussi le système gouvernemental lui-même auquel il avait servi d'instrument, et dont les procédés odieux et ridicules étaient de nature à révolter quiconque se sentait attiré vers le libéralisme.

Au fond, donner l'étiquette de « système » au gouvernement d'un prince Félix Schwarzenberg, ayant pour ministre de l'intérieur l'ex-révolutionnaire Alexandre Bach, est un peu excessif. Car c'était tout simplement le règne du bon plaisir ayant toutefois la réalisation d'un idéal pour but : de celui des centralistes et des pangermanistes. Transformer l'amas d'États hété-

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