‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 8 sur 168 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ropènes et gouvernés par les Habsbourg à l'instar de la France, dans une Monarchie homogène, en y employant comme force motrice l'absolutisme et comme lien la langue et la civilisation allemandes, était une conception de l'empereur Joseph II, que les esprits cultivés de l'Autriche ont depuis sa mort pieusement recueillie et conservée, soit qu'ils appartinssent à l'aristocratie,

— alors pour en faire profiter la réaction politique et religieuse,

— soit qu'ils fussent des libéraux, — dans ce cas-là pour faciliter le progrès intellectuel et matériel, le développement des tendances démocratiques. Or, Schwarzenberg et Bach représentaient justement ces deux catégories des partisans du centralisme et du pangermanisme, le premier comme descendant d'une des plus illustres familles de la Bohème dont est issu le général en chef des armées alliées à la bataille de Leipzig, et le second comme fils de ses œuvres, avocat, journaliste, ayant beaucoup appris du grand économiste anglais Cobden pendant les voyages qu'ils avaient faits ensemble, et ayant combattu en 1842 avec beaucoup de courage certaines mesures antilibérales de Metternich. Très doués tous deux, l'un incarnait le diplomate, le grand seigneur et l'homme du monde dont les succès de boudoir firent le plus grand tort à ses travaux de cabinet; l'autre, le parvenu intellectuel qui dans son étroitesse d'esprit croit volontiers qu'il fait triompher des idées, quand il n'étanche que sa soif d'ambitieux et de vaniteux. Concernant l'histoire, les institutions de la Hongrie et le génie hongrois, leur ignorance était semblable aussi. Seulement ils paraissaient être animés du désir de vouloir é.clipser la renommée de Széchenyi et de Kossuth en imitant leur activité. Mais ceux-ci étaient des patriotes désintéressés, tandis que chez Schvs^arzenberg et Bach tout se reportait à leur propre gloire et profit.

Du reste, pour exécuter leur programme commun, ils étaient favorisés par plusieurs circonstances qui, réunies à un même moment, pouvaient les leurrer de leur réussite finale. Les pays héréditaires, après avoir essayé une fois de la révolution — comme Rossinante de la course, — devenaient plus malléables que jamais; la Hongrie, affaiblie par la disparition subite et presque totale des meilleurs de ses fils, avait l'air de supporter

g LA HOINGRIE MODERNE

dans une insensibilité léthargique les coups les plus cruels du sort" et enfin c'était un souverain tout jeune, inexpérimenté et n'ayant encore contracté aucun engagement avec personne, qui venait de monter sur le trône, en permettant d'escompter la perspective d'un long règne, de tenter l'essai de beaucoup de réformes.

Et par un surcroît de bonheur pour ces deux hommes d'État improvisés, François-Joseph était, dès cet âge dans lequel ce sont ordinairement les passions qui dominent cependant les devoirs, cet homme esclave de sa parole, cet esprit réfléchi, ce travailleur consciencieux et infatigable qui plus tard, quand il est entré enfin dans sa vraie voie, est devenu le modèle des souverains constitutionnels. Si donc, après avoir fermé le temple de Janus, on se mit à l'œuvre pour réorganiser la Monarchie dans le sens indiqué plus haut, le jeune empereur ne s'abandonna pas seulement de la meilleure grâce aux fantaisies funestes de ses conseillers aussi brillants que superficiels, mais il sembla tellement s'identifier au rôle qu'on lui fit jouer que le ministre président prussien, le prince Hohenzollern, le jugea lors de l'entrevue de Teplitz comme un souverain qui incarne le mieux l'absolutisme. A l'égard de la Hongrie, vers laquelle il se sentait secrètement attiré, à cause de ses succès oratoires remportés à Pesth h l'occasion de l'installation du palatin archiduc Etienne en 1847, il avait à sa disposition les avis des conseryateurs^ magyars qui, comprenant dans une même aversion Kossuth et le libéralisme, s'étaient séparés du Parlement hongrois dès le début du conllit constitutionnel pour prêter leur concours en matière d'organisation administrative aux généraux autrichiens commandant eu Hongrie. Attitude certes théoriquement défendable, puisqu'il s'agissait de soutenir le futur souverain légitime, ce facteur aussi important du constitutionnalisme que la représentation nationale, mais attitude au suprême degré impopulaire aux yeux des Magyars, puisque la couronne, vu la situation si compliquée du souverain austro-hongrois, n'envoya contre eux que des troupes provenant des pays héréditaires dont l'intervention constituait une illégalité aussi grande que celle des Russes; mais attitude

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