CHAPITRE III
l'union de la Hongrie et de la Transylvanie dorénavant comme un fait accompli, et il recommanda aux Hongrois tous les Saxons comme des compatriotes revenus après de longs siècles d'absence et des vicissitudes innombrables! Quel heureux présage pour la glorieuse réussite du compromis que cette explosion spontanée de la fraternité la plus pure !
Ce ne fut pas une raison personnelle qui empêcha le comte Andrâssy de présider la séance du 4 février — la dernière n'eut lieu le 6 que pour la signature du procès-verbal de la séance précédente. 11 avait reçu un ordre impérial de se rendre à Vienne (le 2 février) ; car François-Joseph ne voulut pas trancher les difficultés survenues en Autriche sans avoir conféré avec lui, comme avec les représentants des intérêts hongrois.
Ces difficultés étaient à la fois constitutionnelles et ministérielles. Il s'agissait de savoir dans quelles conditions on soumettrait le compromis avec la Hongrie au " Reichsrath ' , et à quel « Reichsrath » ? Belcredi pensait qu'il devait être revisé, et à cet effet il convoqua le 2 janvier les Diètes provinciales en vue de l'élection de leurs représentants pour un u Reichsrath extraordinaire " . Ce n'était pas l'avis des libéraux allemands, défenseurs du constitutionnalisme hongrois ; ils firent tous leurs efforts pour la convocation du « Reichsrath ordinaire » , que le rescrit de septembre 1865 suspendit seulement. Or les sympathies du baron de Beust leur étaient d'avance acquises, tant à cause de son origine allemande qu'à cause de son libéralisme.
Si Belcredi obtient donc dans les Diètes de la Bohême, de la Moravie et de la Galicie des majorités fédéralistes, elles sont d'autant plus vigoureusement contre-balancées par les majorités constitutionnelles des provinces allemandes, que celles-ci se déclarent nettement pour le compromis avec la Hongrie,
tandis que les Slaves n'osent pas arborer franchement le drapeau du fédéralisme, soulevé par Belcredi.
<i Je suis loin de croire — dit le comte de Beust (1) — que Belcredi , en adoptant l'arrangement avec les délégués hongrois , se soit réservé le « Reichsrath extraordinaire » comme porte de derrière; mais il le tranquillisait... Quant à moi, voici le point de vue auquelje me plaçais : les envoyés hongrois ayant accepté la mission de faire adopter le compromis, le gouvernement était également engagé à l'adopter sans réserve. Je pensais aussi que le « Reichsrath restreint, ordinaire » l'adopterait aussi, si l'on faisait appel à son bon vouloir, et si l'on s'appuyait sur la considération qu'avec le compromis on remettrait la Constitution (de l'Autriche) également en vigueur, ce qui eut lieu en effet.
« Entre moi et le comte Belcredi il y eut alors évidemment un malentendu, mais nous fûmes de bonne foi l'un et l'autre. D'après sa manière, la réserve de l'amendement par le " Reichsrath " était sous-entendue; elle avait été connue et acceptée par les seigneurs hongrois. Ces messieurs, et particulièrement le comte Andrâssy, se sont exprimés vis-à-vis de moi en sens contraire.
il Mon opinion prévalut enfin, et ce fut le second coup de collier que je donnai pour faire aboutir le compromis...
« Bien loin de vouloir ou de désirer le départ du comte Belcredi, je me suis efforcé d e.Kposer à Sa Majesté la possibilité qu'il restât, malgré la convocation du ^t Reichsrath restreint " (le 4 février) . il fallait qu une résolution fût prise dans un sens ou dans l'autre, il y eut Conseil des ministres sous la présidence de l'empereur. Je fus seul à tenir tête an comte Belcredi. Rentré dans mon cabinet de travail au ministère, je me croyais vaincu etje m'abandonnais à mes réflexions, lorsque l'huissier m'apporta un mot de l'empereur : « Rédigez le rescrit aux Diètes (Landtag) conformément à vos propositions. »
" Le lendemain j'étais ministre président. J'adressai le rescrit aux a J^andtag " au nom du gouvernement, et en même
(i) Mémoircr. du comte de Beust. Vol. II, p. 85.