‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 75 sur 168 · LE « PAP.TI DEAK » AU POUVOIR · texte numérisé non relu

LE « PAP.TI DEAK » AU POUVOIR

Ce ne sont pas seulement la longue durée et le nombre infini des efforts prodigieux, au prix desquels la Hongrie a obtenu le rétablissement complet de sa Constitution, qui donnent un caractère si élevé à son triomphe. La véritable grandeur morale de celui-ci réside dans 1 ardeur, l'abnégation et le dévouement avec lesquels Deâk et son parti, arrivés au pouvoir, ont voulu et su 1 employer incontinent au service des intérêts les plus vitaux de leur pays. Car à leurs yeux, reconquérir ses droits séculaires leur imposait le devoir d'y créer un foyer inextinguible du libéralisme et du progrès, afin que la place honorable occupée jadis par la nation hongroise dans le Conseil des peuples à cause de ses vertus militaires, lui soit rendue le plus tôt possible par suite de ses exploits pacifiques, visant l'acquisition graduelle des plus nobles conquêtes de la civilisation.

Mais, bien que mus par des sentiments d'une transcendance semblable, les membres du ministère Andrâssy ne se laissaient pas entraîner par leur idéalisme dans les brouillards d'une politique purement spéculative. Voyant de loin et regardant de haut; ils comprenaient que la Hongrie, telle que l'avait

rêvée Széchenyi, ne pouvait pas s'improviser du jour au lendemain, et, pour devenir puissante et glorieuse, elle exigeait au contraire un développement des plus logiques et des plus naturels. De là leur programme d'une envergure si grandiose, que son exécution n'est pas achevée même aujourd'hui ; de là aussi d'autre part cette grande quantité de leurs projets de loi, présentés à la Chambre. Il v eut même une Commission de codification nommée par Balthazar Horvâth, des travaux de laquelle on ne put faire passer malheureusement que la plus faible fraction, se rapportant soit à la suppression des derniers vestiges des institutions médiévales, soit au rétablissement de l'intégrité territoriale du pays, sans compter, bien entendu, ceux destinés à assurer le bon fonctionnement du régime parlementaire ainsi que du dualisme.

Atteindre un meilleur résultat ne leur était pas possible à cette époque, vu l'énergie avec laquelle ils devaient défendre avant tout et à tout instant Tœuvre de Deâk. Dépitée par les succès magnifiques et inespérés de ce dernier, l'opposition, qu'ils avaient en quelque sorte hypnotisée avant le couronnement, laissait maintenant libre cours aux manifestations de sa mauvaise humeur et montrait d'autant plus d'envie de livrer des attaques toujours renouvelées qu'elle se sentait de moins en moins capable de réussir. Non pas en raison d'une tactique machiavélique quelconque du gouvernement, mais parce que l'attitude constitutionnellement irréprochable de François- Joseph réduisit journellement à néant un nouveau chapitre de ses sinistres prophéties.

A peine couronné, il cède, d'accord avec l'impératrice et reine Elisabeth, le don de joyeux avènement, consistant en 50,000 ducats offerts par la nation, aux honvéds ayant pris part à la guerre de 1848 et 1849, dans les rangs de l'armée hongroise. Quelque temps après, il fait notifier aux puissances étrangères que pour caractériser le dualisme, devenu loi fondamentale de la Monarchie, la dénomination à' Autriche cesserait dorénavant afin d'être remplacée par celle à' Axitriche-Hongric . Et avant que l'année 1867 s'achève, « le Reichsrath » ayant accepté le compromis (le 20 décembre), il le sanctionne.

Page 1