CHAPITRE IV
tandis que pour sceller définitivement la réconciliation entre la dynastie et la Hongrie, la cour s'installe, en I8G8, à Bude, et y attend la naissance d'un rejeton roval, rarchiduchesse Marie- Valérie, (|ue la souveraine élève en véritable enfant de la Honurrie!
Dans ces conditions, les gauches et leurs partisans ne pouvaient, selon leurs nuances plus ou moins foncées, que harceler acrimonieusement le gouvernement, surenchérir dans l'exaltation patriotique ou déchaîner les plus mauvaises passions de la classe la plus nombreuse. Ce fut aiiisi cjue l'on vit demander une pension nationale pour les honvéds invalides, leurs veuves et orphelins, par Coloman de Tisza, demande ayant pour contre-coup les réclamations du député Milélich, de nationalité serbe, en faveur des victimes serbes de la guerre de 1848 et 1849. Après avoir fait repousser les deux propositions, désireux de résoudre cette question irritante à rainiable, Andnissy la retira du domaine de la politique pour la placer sur celui de la charité. Grâce à l'initiative du président du Conseil et de l'archiduc Joseph, ainsi qu'aux libéralités des classes dirigeantes hongroises, on recueillit bientôt des fonds suffisants pour la construction et l'entretien d'un home des honvéds, naturellement avec le concours de l'État. Quant à faire revivre l'institution elle-même, si chère aux Hongrois comme souvenir et comme milieu militaire exclusivement hongrois, on y réussit.au moment où on adopta le système du service militaire obligatoire pour tous. Les honvéds y figurent théoriquement en guise de troupes de seconde ligne pour la Hongrie; — en Autriche, on institue la landwehr; en réalité ils peuvent hardiment rivaliser cependant avec les régiments de l'armée commune à côté desquels leur infanterie et cavalerie soutiennent très honorablement toute comparaison (1).
Sentant sa faiblesse en face du i parti Deâk » au sein du
(1) Au début, on plaisanta beaucoup le comte Andiâssy, en prétendant que l'amiée conKée à son ministère se composait d'un seul homme : c'est-à-dire de son sous-secrétaire d'État, le {jénéral Gelics. Mais au bout de quatre an», il y eut déjà 130,000 honvéds équipés et instruits, démontrant la vitalité et l'utilité de cette conception de Deâk.
Parlement, la gauche avancée tourna alors son attention du côté des Conseils départementaux, avec l'espoir d'y rencontrer un écho plus complaisant pour répéter ses doléances au sujet du compromis. Elle obtint ainsi dans un certain nombre de départements des votes de protestation, où sa mauvaise humeur s'exhalait bruyamment, mais qui en somme n'étaient qu'encombrants. Les agitations des intransigeants prirent au contraire une tournure réellement grave, car, pour séduire les masses, ils prêchaient même le communisme, au grand désespoir du centre gauche, qui reconnut ouvertement le danger que faisaient courir à l'ordre public des coryphées socialistes de l'acabit d'un Asztalos ou d'un Balla, le faux Wesselényi. Cependant ce ne furent pas les avertissements académiques des leaders oppositionnels qui firent réfléchir la foule ; elle n'abandonna ses idoles que le jour où il fut démontré qu'ils étaient des faussaires et des bandits, condamnés à la réclusion sous le régime absolutiste.
Malheureusement les articles de Kossuth, publiés dans les journaux sous forme de lettres ouvertes, attisaient singulièrement l'esprit frondeur des populations magyares. Car après être resté inactif pendant les négociations du compromis, et après avoir déclaré qu'il ne voulait pas profiter de l'amnistie générale, le « gouverneur » attaqua avec la dernière violence le nouvel état de choses créé par Deâk. Il serait peu charitable de chercher la cause de cette hostilité dans la jalousie, puisqu'en vérité Kossuth avoua lui-même l'utilité du compromis, en déclarant à M. Emile Ollivier trois ans plus tard que « M. Deak avait sauvé son peuple » . Il vaut mieux croire que ses écarts de langage tendaient à tenir en éveil les Hongrois afin qu'ils ne perdissent pas de vue ce qui leur revenait de droit par suite du compromis conclu.
Ce fut ainsi que le comte Andrâssy considéra d'abord cette campagne épistolaire intempestive, espérant que l'exilé volontaire s'en lasserait avec le temps. Or, irrité par le ralliement de ses anciens généraux Klapka, Turr et de Perczel au nouvel ordre des choses et par leurs protestations contre son attitude, qu'ils rendaient publiques soit dans les journaux, soit