‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 78 sur 168 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

dans son rescrit du 17 février 1867, on s'occupa pendant cette même session de 1868 de satisfaire aux exigences légitimes de la Croatie. Avec une magnanimité, au début même souvent reprocliée par l'opposition, Dei'ik fitdonner carte blanche à cette dernière afin qu'il ne put plus subsister aucun vestige d'une mésintelligence quelconque entre Hongrois et Croates. De là le traité conclu entre le Parlement hongrois et la Diète croate (quoique par l'article XXX de la loi de 1 868 il soit bien spécifié qu'il ne s'agit pas là de l'entente de deux corps de représentants souverains et équivalents), d'après les stipulations duquel la Croatie reçut une autonomie étendue avec un bân à la tête, comme gouverneur et chef de l'administration. Il est nommé sur la proposition du ministre président hongrois, il est membre de la Chambre haute hongroise et il figure dans les cérémonies comme troisième seigneur banneret du royaume. Ses rapports n'arrivent à la couronne que par l'entremise du ministre pour la Croatie, membre du ministère hongrois, responsable envers le Parlement hongrois. C'est à la Diète de Zâgrdb (Agram) que le budget concernant la justice, le culte et l'enseignement, ainsi que l'administration intérieure, se discute.

Cette large autonomie de la Croatie lui a imposé des charges tellement lourdes qu'il a fallu en tenir compte dans les compromis financiers qui se renouvellent périodiquement de dix en dix ans. D'après leurs stipulations, il est convenu que la Croatie contribue aux dépenses communes dans les proportions des impôts (ju'elle peut supporter. On fixa cette proportion à 92,06 0/0 pour la Hongrie et à 7,94 0/0 pour la Croatie, mais on prélève d'abord sur les revenus de cette dernière 44 0/0 pour assurer les dépenses de son administration intérieure. Si la somme ainsi obtenue était insuffisante, c'est à la Hongrie qu'incombe le devoir de payer le reste, sans qu elle puisse exiger plus tard la restitution de ces appoints, versés sous le titre d' « avances non remboursables " , variant entre deux à quatre millions de florins par an (quatre ou huit millions de couronnes) (1).

(1) La Constitution hongroise, précis hi.storique d'après le D' Rado, par A. DK Behtha. Page 115 et passim.

Après avoir sanctionné ce compromis, François-Joseph nomma, le8 décembre 1868, Goloman de Bedekovich ministre hongrois pour ia Croatie et, depuis cette époque, la Diète de Zâgrûb envoie quarante de ses membres pour siéger au Parlement hongrois à ia Chambre des députés. Il y a eu toujours quelques Croates aussi parmi les membres de la délégation hongroise, comme on hisse les couleurs de la Croatie à côté des couleurs hongroises aussi bien sur le château royal que sur le Parlement de Budapest à chaque solennité constitutionnelle.

Ce fut également en 1868 que Ton procéda à la réalisation du nouveau système de défense nationale auquel on avait lait allusion dans le compromis. Il consiste dans la répartition en trois catégories de tontes les forces militaires de la Monarchie. La première est formée par l'armée commune, c'est-à-dire régulière, pouvant être employée par le ministre de la guerre commun là où il juge sa présence nécessaire. Elle tient cependant ses garnisons de préférence dans les pays d'origine des soldats qui la composent : les régiments hongrois séjournent en Hongrie, les régiments autrichiens dans les pays héréditaires. Dans cette armée on commande en allemand, et comme c'est au souverain que la direction et le commandement suprêmes y appartiennent, ainsi que son organisation intérieure, les drapeaux y représentent les armes et les couleurs des Habsbourg.

L'armée de deuxième catégorie (l'armée territoriale) n'a pas la même uniformité : dans les pays héréditaires, elle s'appelle landwehr; en Hongrie, elle est organisée sur une base nationale et semble faire partie intégrante de l'armée régulière. Car les honvéds ne se recrutent pas seulement parmi les hommes ayant déjà servi dans cette dernière et qu'on verse dans les autres pays dans les cadres de l'armée territoriale : il leur est alloué un contingent annuel et spécial de douze raille cinq cents hommes qui font un service de deux ans. Chez les honvéds, on commande en hongrois et ce sont les couleurs nationales hongroises (rouge, blanc et vert) qui servent de drapeau. Mais ils sont dépourvus d'artillerie et de troupes de génie,

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qu'en cas de besoin c esl l'armée régulière qui est appelée à leur fournir.

La troisième catégorie, la levée en masse (en allemand landstinm , en hongrois ndpfelkelés), ne doit servir qu'en cas de guerre. Elle repose aussi sur des bases nationales et ne peut être employée hors de son pays d'origine sans l'autorisation de son Parlement respectif, comme les honvc(h et la landwehr d'ailleurs.

L'article XLIV de la loi de 1868 se rapporte à la question des nationalités. C'est François Deâk lui-même qui en rédigea l'introduction, ainsi libellée :« Puisqu'au point de vue politique, tous les sujets hongrois ne forment qu'une seule nation : la nation hongroise une et indivisible, à laquelle appartiennent tous les citoyens de la Hongrie, de quelque nationalité qu'ils soient; et puisque cette égalité ne peut être soumise à une réglementation particulière qu'au point de vue de l'emploi officiel des diverses langues usitées dans le pays et dans la mesure où l'intégrité du royaume, les exigences pratiques du gouvernement et de l'administration, ainsi que le fonctionnement de la justice le rendent nécessaire; et comme l'égalité parfaite des concitoyens ne doit subir aucun amoindrissement sous aucun autre rapport, ce seront les règlements suivants qui serviront de fil conducteur pour l'emploi officiel des idiomes divers. "

Suivent vingt-neuf paragraphes ordonnant que le hongrois soit considéré comme langue officielle de l'État; que les affaires des communes se passent dans la langue employée par leurs habitants ; que les procès-verbaux des Conseils généraux départementaux puissent être rédigés, en dehors de la langue de l'État, dans un autre idiome aussi. Quant aux tribunaux, ils doivent accepter les papiers des parties adverses rédigés dans leur langue maternelle. Il n'y a que l'avocat diplômé de qui on exige absolument l'emploi de la langue de l'État. En ce qui concerne les écoles, elles sont confiées aux communes ou aux communautés religieuses, qui choisissent elles-mêmes l'idiome dont se servent leurs écoles.

Quoique l'enseignement du hongrois ne soit devenu obliga-

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toire qu'en 1879, — depuis cette époque il faut lui consacrer au minimum trois heures par semaine, — les députés de nationalité roumaine, saxonne et serbe attaquèrent avec véhémence le projet ministériel. Ayant pour leader M. Alexandre Mocsonyi, ils lui opposèrent l'esquisse d'une Hongrie découpée en territoires, correspondant à la nationalité de leurs habitants^ c'est-à-dire organisés sur le patron des cantons suisses. Cette proposition n'ayant pas obtenu la majorité, ils déclarèrent ne pas vouloir prendre part à la discussion des paragraphes, qui se termina également avec le triomphe du gouvernement.

Les problèmes dont la solution échut à la législature close le 10 décembre 1868 par François-Joseph lui-même, étaient aussi nombreux que compliqués. Si les Chambres s'acquittèrent de la plus importante part de cette tâche à l'admiration du monde entier, grâce au génie de Deâk et au patriotisme éclairé de son parti, il n'en resta pas moins une immense quantité à résoudre encore, à la plus grande joie de l'opposition, qui, pour déprécier les résultats déjà obtenus, en grossit l'importance et en attribua l'ajournement forcé par le manque de temps, à la mauvaise volonté du gouvernement. De là ses succès aux élections de 1869, où elle gagna une quarantaine de sièges, — dix le centre gauche et trente les intransigeants, — en battant des hommes tels que Csengery, de Somssich et Trefort ainsi que le ministre Lônyay lui-même. La lutte électorale était d'ailleurs excessivement ardente, puisqu'il y eut des collisions très sérieuses autour des urnes, notamment à Pécs (Fùnfkirchen), où le nombre des blessés atteignit quarante-neuf.

Ayant pu repêcher quelques-uns parmi ses membres échoués tout d'abord, et disposant encore d'une majorité de

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