‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 79 sur 168 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

quatre-vingts voix, le « parti Deâk » pouvait à ce moment hardiment relever le gant de l'opposition, qu'elle lui jetait maintenant à tout propos. Car par suite de ses succès relatifs récents, elle crut qu'avec le temps elle parviendrait quand même à miner les dispositions fondamentales du compromis. C'était retarder derechef les réformes les plus importantes dont la mise à l'ordre du jour inopportune pouvait facilement fournir des armes redoutables aux adversaires du gouvernement.

Pour le dédommager de cet arrêt forcé de son activité législative, celui-ci eut à enregistrer au dehors plusieurs succès assez flatteurs pour l'amour-propre hongrois, grâce à l'attitude aussi énergique qu'habile du comte Andràssy. Après l'assassinat à Toptchider du prince de Serbie, Milosch Obrénovitch, d'une part il fit transmettre à la Skoupchina de Belgrade les compliments de condoléances du Parlement de Pesth, et de l'autre il permit que l'on pût traduire devant les tribunaux hongrois Tex-prince de Serbie, Pierre Karagyorgyevitch, vivant à cette époque dans un des départements de la Hongrie méridionale et accusé par l'opinion publique serbe d'avoir trempé dans le complot. Et afin que les bons rapports ainsi rétablis ne pussent plus être interrompus, ce fut à un publiciste hongrois de premier ordre, à M. Benjamin Kâllay, qu'il fit confier la direction du consulat austro-hongrois de Belgrade, comme il parvint aussi à faire créer des consulats à Pesth par toutes les puissances. Quant aux. velléités daco-roumaines du ministère roumain Bratiano, il les fit enrayer par voie diplomatique, paralysant du même coup l'influence qu'elles pouvaient exercer sur les Roumains de la Hongrie. Ceux-ci tinrent d'abord seuls une assemblée à Balàzsfalva pour déclarer l'union de la Transylvanie avec la Hongrie nulle et non avenue; ensuite ils organisèrent avec les Slovaques et les Ruthènes une réunion pour le 1 5 juillet 1 869 , où l'on proclama la fédération des nationalités non-hongroises. Toutes ces démonstrations n'aboutirent cependant, de la part des Roumains, qu'à l'adoption du système abstentionniste préconisé par Macellario, c est-à-dire dans le boycottage de la Constitution hongroise; — système privant les Roumains eux-mêmes, bénévolement, de la part qui, en

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proportion de leur importance, leur est légitimement — et Lien entendu individuellement — due dans le gouvernement et dans les dilférentes branches des administrations gouvernementales de la Hongrie. Leurs agitateurs les plus compromis furent d'ailleurs judiciairement poursuivis par le ministre de la justice, comme aussi ceux de VOmladina serbe. Le ministre de l'intérieur destitua le maire de la ville d'Ujvidék et y envoya un commissaire royal : mesures que le centre gauche approuva sans hésitation, en bloc.

Ce fut le même manque de jugement qui engendra tous ces mouvements des nationalités : elles se persuadèrent que la réconciliation de la dynastie et de la Hongrie n'était au fond qu'une comédie et que leur résistance à la Constitution hongroise serait tôt ou tard plus ou moins ouvertement soi^tenue par la cour de Vienne. Supposition au plus haut degré injurieuse, mais que la conduite de cette dernière en 1848 et 1849 pouvaient jusqu'à un certain point excuser.

De là la signification énorme des succès personnels du président du Conseil hongrois auprès de François-Joseph et de ceux de sa femme auprès de l'impératrice-reine Elisabeth. L'esprit prirae-sautier, les réparties étincelantes du comte Andrâssy et le caractère enjoué de la comtesse surent insensiblement fondre la glace qui séparait la haute société viennoise de l'aristocratie hongroise et attirer les souverains le plus souvent possible soit à Bude, soitpour les chasses de Goedoelloe. Aussi trouva-t-on tout naturel que lors de sa visite à l'Exposition universelle de Paris en 1867, ou en partant pour son voyage en Orient à l'occasion de l'inauguration du canal de Suez, François-Joseph n'ait voulu se séparer du premier et qu'il se soit même résolu de donner à son fils et héritier présomptif un précepteur hongrois, dans la personne de l'évêque in partibus infidclium Hyacinthe Ronay, un ci-devant émigré après 1849.

Pendant la réunion des délégations de 18G9, le comte Andrâssy trouva l'occasion d'y faire soulever la question délicate de la suppression des Confins militaires (1) . A la suite des

(1) Leur origine reiuonte au règne de Louis II, qui, en prévision du danger

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