CHAPITRE IV
discussions qu'elle y avait provoquées, le gouvernement hongrois soumit à la signature de François-Josepli plusieurs rescrits royaux, ordonnant la transformation graduelle d'une institution militaire ayant un caractère incontestablement menaçant contre la Hongrie constitutionnelle, puisqu'elle dépendait directement du ministre de la guerre commun, et qui ne répondait plus à aucune nécessité depuis que la Roumanie et la Serbie, délivrées du joug turc, pouvaient la remplacer comme États-tampons, situés entre les pays de la couronne de saint Etienne et la Turquie. On prit à la même époque une résolution à l'égard de Fiume aussi (1). Ne pouvant
turc, établit un svstèine spécial dans une partie des contrées frontières. On étendit cette disposition plus tard sur toute la ligne, de manière qu'il y eût des colonies militaires tout le long des frontières, en face de la puissance des Ottomans. Etant soustraites à l'administration civile, ces contrées dépendaient d'abord du ressort du Coni?eil de guerre aulique, et ensuite du ministère de la guerre, qui leur a donné une organisation toute militaire. Le service militaire permanent y était obligatoire pour toute la population et y existait de tout temps; on y désigna par régiments et bataillons la division administrative en arrondissements et en cantons elle-même. La population des confins, en majorité slave, jouissait de certains avantages sur la base de la possession en commun des terrains bâtis ou cultivés, appelée « communauté de foyers « . Quoique le danger turc ne fût plus à craindre, on s'occupa de l'agrandissement du territoire des confins — notamment en Transylvanie — dès l'époque de Marie-Thérèse, en vue de l'accroissement de l'armée... Leur suppression en principe date de 1848. Elle a été réalisée en les incorporant soit à la Hongrie, soit à la Croatie... Leur réorganisation civile et leur incorporation n'ont été définitivement terminées qu'en 1886. {La Constitution liongrojse, d'après le D'^ S. Rado, par A. de Bertha. Page 120.)
(1} D'après le premier témoignage historique irrécusable, on trouve cette ville d'abord dans les mains des Frangepani, offerte en donation aux rois de Hongrie. Les conquêtes de Louis le Grand comprenaient en Dalmatie les territoires du Quarnero et conséquemment Fiume aussi. La mise en gage de certains droits fiscaux de la ville au trésor des archiducs d'.\utriche à Gratz, a créé des relations suivies entre Fiume et la Styrie, mais qui n'aTaient aucun caractère de l'appartenance. Ce fut enfin Marie-Thérèse qui attribua Fiume à la Hongrie en 1779, en l'incorporant comme separatum corpus rerjni œternum. Cette expression ne veut pas dire autre chose que, comme il v a une solution de continuité territoriale entre Fiume et la Hongrie, c'est en territoire séparé qu'on l'annexe à cette dernière. Si l'on considère que, pour arriver de la frontière hongroise à Fiume, on doit passer par le territoire croate, on comprend parfaitement que, dans l'espèce, le mot separatum ne veut pas dire « indépendant », mais simplement « séparé », ou, pour mieux dire, on veut désigner Fiume comme une ville lerritorialement et non pas politiquement et administrativeraent séparée de la mèrepatrie. C'est donc à tort que 1 expression citée a été interprétée dans le sens de
pas s'entendre, la Hongrie et la Croatie convinrent de son annexion provisoire à la première, ainsi que de la création également provisoire d'un gouverneur, nommé par le président du Conseil hongrois. Ce fut le comte Joseph Zichy qui inaugura la brillante série de ces gouverneurs provisoires de l'unique port maritime hongrois.
Parallèlement à ce rétablissement de l'intégrité du territoire de la Hongrie, Melchior Lônyay parvint aussi à équilibrer le budget du nouvel État, résuscité de ses cendres. Pendant les trois ans qu'il a passés à la tête du département des finances, il n'a pas eu la triste nécessité d annoncer un déficit proprement dit. Un tel résultat devait forcément séduire François- Joseph, habitué aux embarras d'argent continuels de ses ministres des finances. Aussi, après la mort du baron Becke, survenue au printemps de l'année 1870, nomma-t-il Ihabile financier hongrois, avec empressement, ministre des finances communes. — nomination, au point de vue de son effet moral, très profitable pour les Hongrois, mais permettant aussi l'arrivée au pouvoir de Charles Kerkâpolyi, devenu son successeur, dont l'honnête mais maladroite politique financière fit tant de mal au crédit du pays et en compromit la situation économique pour une vingtaine d'années. Et, chose curieuse, ce fut justement en 1870 que l'on créa en Hongrie la Cour des comptes !
Enhardi par les encourageants résultats obtenus depuis le rétablissement de la vie constitutionnelle, le comte Andrassy conçut dès lors le plan de la transformation radicale de la capitale hongroise, d'après le système du baron Haussmann, appliqué à Paris. En dehors de la réunion des villes de Bude et de Pesth dans une seule municipalité et de leur embellissement par la construction d'édifices publics grandioses, tels qu'un palais du Parlement ou un théâtre de l'Opéra par exemple, — pour rehausser leur prestige, il projeta le rappel de toutes les célébrités artistiques hongroises, — entre autres
rindcpendan< e politique de Fiuiiie. [La Constitution hottyroise, d'après le D"' S. Rado, par A. de Bertua. Page 121.)