‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 82 sur 168 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

impérieusement — dans leur interpellation du 13 juillet — que le comte Andrâssy ne craignit pas de se prononcer hautement en faveur de la neutralité absolue de la Monarchie. Dans sa réponse, le ministère affirma sans ambage que le désir de rester neutre du gouvernement hongrois était incontestable, mais que personne ne pouvait prétendre qu'en ayant pris ce parti, on évitait toute complication ultérieure. D'ailleurs, ajouta-t-il, proclamer que la Hongrie reste neutre seule, est une impossibilité, car selon les stipulations du compromis, sa politique extérieure est inséparablement liée à celle de l'Autriche. Donc, pour faire ou ne pas faire la guerre, il faut qu elle soit d'accord avec cette dernière.

Bien que prise en considération par la majorité, cette déclaration ne satisfit personne, mais ne pouvait avoir une autre teneur non plus. Car à cet égard la décision ne devait venir que de Paris, non pas sous une forme coercitive, en vertu d'engagements mutuels, mais à la suite de l'attitude plus ou moins encourageante du gouvernement français (1).

(1) « Le seul engagement que nous avons contracté réciproquement — écrivait le comte de Beust au prince de Metternich dans sa dépèche du 11 juillet — consiste à ne pas nous entendre avec une puissance tierce à l'insu l'un de l'autre. Cet enga^jement, nous le tiendrons scrupuleusement, ainsi que je vous le disais dans ma lettre du 9, et la France peut, par conséquent, être parfaitement sûre que nous ne nouerons derrière son dos aucune né{]Ociation avec la Prusse, ni avec une autre puissance, ce qui est pour elle, en cas de guerre, une garantie importante de sécurité. Nous noMs déclarons, en outre, hautement les sincères amis de la France, et le concours de notre diplomatie lui est entièrement acquis. C'est là un second point cjui n'est pas à dédaigner, mais c'est à cela seul que se bornent nos engagements positifs.

« Le cas de guen-e a bien été discuté dans des pourparlers. Toutefois rien n'a été arrêté, et même, si on voulait donner une valeur plus réelle aux projets re>tés à l'état d'ébauche et qui, ne l'oublions pas, avaient pour but déclaré, non les préparatifs d'une guerre, mais le maintien de la paix, ainsi qu'aux observations échangées, on ne saurait en tirer la conséquence que nous serions tenus à une démonstration armée, dès qu'il convient à la France de nous le demander. Je n'ai pas besoin de vous rappeler qu'en examinant les éventualités de guerre, nous avons toujours déclaré que nous nous engagerions volontiers à entrer activement en scène si la Russie prenait le parti de la Prusse, mais que si celle-ci seule était en guerre avec la France, nous nous réservions le droit de rester neutres.

« J'admettais bien et j'admets encore que telles circonstances peuvent se présenter où notre intérêt même nous commanderait de sortir d'une attitude de stricte neutralité, mais je me suis toujours positivement refusé à contracter un

Or celle-ci était d'une nature à n'inspirer que craintes et méfiance à cause de sa nervosité maladive, indice infaillible des luttes intestines qui minaient le parti impérialiste luimême, présage inquiétant au possible pour Tissue d'une guerre avec la Prusse, armée jusqu'aux dents, confiante dans la valeur de ses hommes d'État et de ses généraux et enhardie par ses succès récents. Sans compter les éléments dissolvants que contenaient comme ennemis irréductibles de 1 Empire les fractions des royalistes légitimistes et orléanistes, — ainsi que des républicains de toutes nuances, prêts à l'affaiblir à n'importe quel prix et à n'importe quel moment.

Pour comble de malheur, l'état physique et moral de Napoléon III laissait depuis quelque temps beaucoup à désirer aussi, le privant de la direction directe de la politique étrangère de la France. Elle était confiée depuis quelques semaines seulement au duc de Gramont, esprit aussi brillant que superficiel, mais exerçant cependant assez d influence sur son entourage avec l'ascendant de son grand nom et de ses grandes manières.

Quant à M. Emile OUivier, l'orateur incomparable, quoique animé des meilleures intentions et aussi dévoué à la famille impériale qu'à la cause du libéralisme parlementaire, qu il aurait voulu définitivement acclimater en France, il était paralysé par 1 hostilité sourde du Sénat et de la Chambre des députés, dont la majorité factice, reconnaissante de sa nomination et de son élection, recevait toujours le mot d'ordre de M. Rouher. Et le vice-empereur ne rêvait que son retour au pouvoir, et pour le rendre possible, après la campagne plébis-

ciigafjcinent. J'ai revendiqué alors, comme jo revendique maintenant, une entière liberté d'action pour l'Empire auslro-liongrois, et si j'ai maintenu avec fermeté ce point quand il s'agissait de signer un traité d'alliance, je dois moins que jamai* nie considérer couiuie ayant les mains liées aujourd'hui oîi un traité n'a pas été conclu.

« ... Je vais d'ailleurs plus loin et je dirai que, même si nous avions promis un concours matériel en cas de guerre entre la France et la Prusse, ce n'aurait jamais été que comme le corollaire d'une politique suivie d'un comuiun accord. Jamais nous n'aurions songé et aucun État ne songerait jamais à se mettre vis-avis d'un aulKî dans une situation de déj)cndance telle qu'il dût prendre les armes uniquement selon le boa j)laifir de l'autre. » (Mémoire'! du comtede Beust. Vol. II. Pages 332 et 333.)

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