CHAPITRE IV
citaire qu il avait suggérée à cet effet, et qui n'avait pas produit la chute du cabinet Ollivier, il excitait maintenant lopinion publique à la guerre, au moven des journaux à sa dévotion, croyant que son rivai n'aurait pas le courage de rester à la tête du ministère à la nouvelle des premières complications, qui! comptait facilement aplanir une fois redevenu l'omnipotent ministre qu il avait été dix-sept ans durant. Tendance belliqueuse qui sourit également à l'impératrice Eugénie, désireuse de ressaisir les rênes du gouvernement en qualité de régente et de ramener l'Empire à la Constitution de 1852 à la suite de quelques victoires remportées sur les Prussiens.
En ce qui concernait l'état de l'armée française, selon l'avis de l'archiduc Albrecht, venu à Paris au printemps de 1870, elle était très brillante, très solide et très bien équipée, mais elle était trop inférieure en nombre relativement aux forces allemandes réunies, — et leur réunion ne faisait aucun doute pour quiconque envisageait froidement l'état d'âme germanique, et elle portait d'une manière troublante l'empreinte des dissensions politiques qui divisaient les Français, puisque lors du plébiscite il y eut cinquante mille soldats qui votèrent contre l'Empire libéral. On devait aussi beaucoup regretter la mort récemment survenue du maréchal Niel, dont l'expérience et la connaissance en hommes ne pouvaient pas être remplacées chez son successeur le maréchal Leboeuf, plein de bonne volonté, par ses seules qualités de général accompli.
Tels étaient les renseignements qu'avaient à leur disposition les membres du Conseil présidé par François-Joseph le 18 juillet et auquel prirent part l'archiduc Albrecht, le comte de Beust, comme chanceliers de la Monarchie, le comte Andrâssy et le comte Potocki, présidents des ministères hongrois et autrichien, les ministres communs et les ministres des finances autrichien et hongrois. Tout en se décidant pour la neutralité non armée, on y vota une somme de vingt millions de florins pour les préparatifs de la guerre (l). Dès le lendemain on
(1) Mémoires du comte de Beust... » Ce qu'il y avait de plus important, c'est que les préparatifs de guerre avaient été décidés, par suite d'une motion du comte Andrâssy. n Vol. II. Page 390.
interdit [l'exportation des chevaux, et les jours suivants Andrâssy soumit au Parlement de Pesth deux projets de loi. L'un permit au gouvernement de procéder au recrutement avant le mois d'octobre, et l'autre lui rendit possible l'équipement de 50,000 bonvéds (1). Mais les foudroyants succès de la Prusse et la chute du cabinet libéral de M. Ollivier refroidirent singulièrement l'enthousiasme du parti de l'intervention. Après la proclamation delà République française, l' Autriche-Hongrie se joignit à la <i ligue des neutres » , proposée par l'Angleterre, « non pour faire naître une médiation, mais plutôt pour l'éviter, " selon l'expression spirituelle du comte de Beust (2).
Au moment où commença la guerre franco-allemande eut lieu la proclamation du dogme sur l'infaillibilité du Pape par le concile du Vatican (le 18 juillet). L'épiscopat hongrois y figura dans le rang de la minorité, et l'éloquence du prince primat Simor, de l'archevêque Haynald et deMgrStrossmayer, évêque de Diakovar, lui valut l'admiration de tous. Parmi les 55 prélats qui présentèrent une protestation à Pie IX la veille du vote final, on rencontre le nom de presque tous ses membres. Après la publication du dogme, il fit cependant sa soumission avec plus ou moins d'empressement. L'évêque Jekelfalussy y mit une telle ardeur qu'il fut appelé devant le Conseil des ministres ad audiendum verbum. Mais ensuite le gouvernement hongrois ne s'y opposa plus nulle part.
Pendant l'hiver de 1870 et 1871, sous le coup des victoires remportées par la Prusse et à la nouvelle de la proclamation de l'Empire d'Allemagne à Versailles, il se fit un revirement considérable à la cour au sujet de l'orientation de la politique intérieure de l'Autriche. On y eut peur que la force attractive de la grande agglomération germanique nouvelle n'exerçât une influence trop prononcée sur l'élément allemand de la Monarchie. Crainte jusqu'à un certain point justifiée, mais contre laquelle on recourut à l'emploi d'un remède qui était pire que le mal lui-même. Telle fut l'origine psychologique d'un minis-
(1) Beksics, Gusztav, / Ferencz-Jozsef es Kora. Page 685 . {3L) Méuwiics. Vol. II. Paije 394.