CHAPITRE IV
l'Est et du Nord-Est n'eurent pas une meilleure réputation, tandis qu'en Croatie on vit surjjir l'affaire de Lonsko-Poije, dont la tournure scandaleuse entraîna plus tard la chute du hân baron Rauch-lievin aussi et avec lui celle du » parti de l'union ^ tout entier.
Sous le coup de rumeurs pareilles, on vit fusionner moralement toute la Hongrie honnête. Il y eut à la Chambre un interrupteur qui affirma que ni le parti Deâk, ni l'opposition n'existaient plus, mais que l'on était pour ou contre les syndicats des forêts des Confins militaires, des chemins de fer de Kassa-Oderberg ou de l'Est! Louis Csernâtonyi put impunément remarquer dans son journal qu'il n'était pas convenable de s enrichir quand le pays s appauvrissait, parce qu'on voyait que Deâk ne restait jamais à sa place quand il s'agissait de nouvelles concessions de chemin de fer à arracher à la Chambre, et parce qu'on savait qu'il avait déclaré qu'il n'aimait pas l'anguille, toujours fourrée dans la fange...
C'était la condamnation tacite et sans appel de Lônyay. Elle devint publique le 2 décembre 1872, quand Etienne de Bittd, qui avait cédé le portefeuille de la justice à Théodore Pauler deux mois auparavant, et que la Chambre avait élu président, annonça la démission du ministère. Elle était motivée, dans le projet de Lonvay, par le manque de confiance de la majorité, explication que ses collègues ne voulurent pas signer pour leur propre compte. La démission ne signifia donc que le départ du ministre président, qui, en remettant le gouvernement à son successeur, promit de ne jamais faillir dans ses devoirs envers la patrie et de 1 aider selon ses moyens comme simple membre de la majorité. En réalité, il groupa autour de lui ses partisans personnels, formant ainsi le " parti des soupeurs » , qui n'aboutit à vrai dire à aucun résultat pratique, mais qui affaiblit encore considérablement la cohésion du parti gouvernemental.
L'auréole d'honorabilité qui entourait l'individualité de Joseph Szlâvv le désigna tout naturellement au souverain pour la présidence du cabinet à peine modifié. Le comte Joseph Zichy y entra en qualité de ministre du commerce, ayant eu
l'occasion d'étudier sur place les marchés les plus importants du monde dans ses nombreux voyages à l'étranger, et pouvant indiquer conséquemment ceux où certains produits naturels et industriels de la Hongrie trouveraient des débouchés lucratifs. Le ministre des cultes et de l'instruction publique Auguste de Trefort, n'était pas absolument un nouveau venu. Il faisait déjà partie du cabinet précédent depuis les remaniements qui y avaient été faits, car Lônyay l'y attira en espérant qu'en raison de l'affection que Deâk avait pour lui, tant à cause de ses qualités personnelles et de sa plume de publiciste, qu'en souvenir de son beau-frère défunt, le baron Eôtvôs, sa nomination désarmerait le courroux de la majorité.
Quelques jours après son arrivée au pouvoir, Szlâvy adjoignit à son ministère Béla de Szende, comme titulaire du ministère de la défense nationale, l'institution des honvéds prenant de plus en plus d'importance avec le développement constant de leur nombre et de leur popularité. C'était un choix des plus heureux, qui fut ensuite trois fois ratifié par les successeurs de Szlâvy, en permettant au nouveau ministre de démontrer ses grandes qualités d'organisateur et d'administrateur de l'armée des honvéds, si chère au patriotisme hongrois.
Avec l'arrivée au pouvoir du cabinet Szlâvy commence à se faire sentir la nécessité inéluctable d'un rapprochement entre le « parti Deâk» et le centre gauche en vue du renouvellement du personnel gouvernemental par des forces encore intactes des hommes d'État de l'opposition et du rétablissement le plus prompt possible de l'équilibre budgétaire. Rapprochement qui exigeait de part et d'autre autant de bonne foi et de bonne volonté que jadis le compromis, et à la réalisation duquel Deâk consacra toute l'énergie morale dont il pouvait disposer sous le coup de sa maladie mortelle. En tout cas, c'est son dernier discours, prononcé le 30 juin 1873, qui Ta rendue possible en dévoilant devant la Chambre étonnée et enthousiasmée son libéralisme inépuisable, sa largeur d'esprit insoupçonnée. Remaniement de la Chambre haute, séparation de l'Église et de l'État, introduction du mariage civil, étaient les sujets qu'il y traita dans le sens de la confirmation la plus