‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 88 sur 168 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

convaincue et avec cette impartialité sereine que donne aux natures d'élite l'approche de la mort. Effectivement ce fut son chant de cygne comme orateur, et pendant les trente mois qui lui restaient à vivre encore, il n'intervint plus directement dans la direction des affaires de l'État.

L'impression que cette déclaration libérale suprême du » vieux seigneur " déjà souffrant, fit sur l'opposition, fut des plus décisives. Elle put se convaincre que les concessions qu'elle pourrait se permettre sur le terrain du compromis ne seraient pas infructueuses pour la cause du libéralisme : considération qui ébranla tous ceux qui n'étaient préoccupés que de la prospérité de la Hongrie. Or, elle était fortement compromise : le déficit prévu atteignit 67 millions de florins, malgré 1 augmentation de certains impôts directs par le nouveau ministre de l'intérieur, le comte Jules Szâpdry, — Guillaume de Tôth ayant été obligé de donner sa démission pour cause de maladie, — et pour le couvrir on fut forcé d'employer la plus grande partie d'un emprunt de 153 millions de florins, remboursable à courte échéance et usuraire. Situation financière déplorable que le " Krach " de Vienne n'a fait qu'aggraver en paralysant les transactions commerciales et en effarouchant le crédit, et pour laquelle les ravages d'une épidémie cholérique, demandant plus de 200,000 victimes à la Hongrie, ont servi de diversions sinistres et terrifiantes.

Pour s'arrêter sur la pente fatale de la banqueroute, il devenait nécessaire de faire appel à toutes les forces vives du pays, ressource dont un gouvernement, fourni par le seul « parti Deâk " épuisé, ne pouvait user. Ce furent d'abord les conservateurs qui voulurent lui venir en aide, naturellement au prix de concessions faites à l'ultramontanisme : avances bientôt retirées après les déclarations libérales de Deâk et transformées en attitude expectante, qui prit plus tard chez le baron Sennyev une allure franchement oppositionnelle.

Au sein du centre gauche, ce fut à l'époque du ministère Lônyay que remontèrent les indices de la désagrégation. Alors on vit déjà abandonner le club de la gauche par des personnages aussi importants que le comte Edouard Kârolyi et le

baron Podmaniczky, tandis que Ghyczy ne voulut se présenter aux élections générales et n'accepta un mandat que sur la prière réitérée du Comité central du parti. Par là il s'acquit une indépendance qui lui permit de n'écouter que les conseils que son ardent patriotisme lui inspira. D'ailleurs, les encouragements ne lui firent pas défaut. Louis Gsernatonyi ouvrit dans son journal Ellenoer, pendant l'été de 1873, un nouveau cycle d'articles sensationnels pour démontrer la nécessité et la possibilité d une fusion entre le parti Deàk et le centre gauche. Pour M. Goloman de Tisza elle était chose impossible encore. Mais dans une lettre rendue publique et datée du 15 juin 1874, on pouvait lire les passages suivants : " Il peut se faire qu'à un moment la coalition soit possible, comme je l'ai déjà dit dans mon discours prononcé pendant la discussion de l'adresse. Mais sous deux conditions seulement : d'abord il faut faire prévaloir une partie de nos principes; ensuite maintenir le droit d'en faire autant pour les autres, c'est-à-dire de ne pas y renoncer; et si l'on ajourne la discussion des projets de loi qui s'y rapportent, stipuler qu'il soit permis d'y préparer les opinions tant en haut lieu que dans le public, "

Pour la majorité des membres du centre gauche, travaillée par les excitations du parti de Kossuth, c'était à cette époque une concession exagérée encore. Aussi M. de Tisza prétexta-t-il de ne l'avoir faite que pour retenir dans leurs rangs Goloman Ghyczy. Au surplus il consentit à la convocation d'une conférence des sommités de son parti, où l'on discuta à fond la possibilité d'une coalition, et qui eut lieu au mois de novembre 1873 sans aboutir à une conclusion nette et franche. Mais M. de Tisza déclara qu'en cas de coalition, il se réserverait une situation à part pour la présentation au souverain d'une série de modifications à apporter au compromis.

Quant à Ghyczy, ses efforts se portèrent vers la création d'un «' parti intermédiaire " , composé des membres dissidents de la majorité et du centre gauche. Il se forma au mois de décembre 1873, et il comprit environ vingt-cinq députés, parmi lesquels il faut citer M. Ferdinand Horânszky, Edouard Horn, le comte Edouard Kârolyi, etc. Le centre gauche fit du

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