‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 89 sur 168 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

reste des pertes aussi au profit de l'extrême gauche : MM. Gabriel d'Ugron et Csûvolszky s'en séparèrent pour faire partie de ce dernier groupe.

" L'apostasie " de Ghyczy — car son acte de dévouement patriotique fut ainsi taxé par ses anciens frères d'armes — avait une portée morale énorme. Grâce à son initiative courageuse, il s établit entre le >. parti Deâk » et 1 opposition un courant sympathique, que le désir de se rendre utile à la chose publique augmenta journellement. Le comte Andrâssy fit tout son possible aussi pour aplanir les difficultés dont était hérissé le chemin de la réconciliation et avertit plus d'une fois le chef du centre gauche, par l'entremise du baron Podmaniczky ou du comte Keglevich de l'urgence de la cessation des hostilités entre Hongrois à la veille d une nouvelle guerre d'Orient, de plus en plus plausible. L'inaction à laquelle François Deâk fut condamné par sa faiblesse grandissante ne lui permit pas de faire sentir son influence dans cette grave question. Mais les manières de voir et les faits et gestes de M. Goloman de Széll, son parent et élève en quelque sorte, à qui il avait accordé la main de sa pupille Jlona Vôrôsmarty, et dont les capacités financières et l'éloquence naturelle s'imposèrent â l'attention de la Chambre dès son début, malgré sa jeunesse, indiquaient clairement que le u vieux seigneur ^ ne créerait aucun obstacle pour empêcher le renouvellement des forces gouvernementales par le concours direct et actif des chefs du centre gauche, ses anciens adversaires.

En attendant, le cabinet Szlâvy était impuissant à liquider efficacement la situation léguée par celui de Lônyav. On s'aperçut qu'au lieu de huit millions de florins de déficit, le chemin de fer de l'Est en avait quinze ou vingt-quatre. Szlâvy proposa donc l'émission d'obligations nouvelles, valant nominalement trente millions, à la charge des actionnaires, mais pour lesquelles il n'en offrit que dix-sept. Cette proposition souleva des discussions d une violence extrême et ne fut votée dans la séance du 3 février 1874 qu'à onze voix de majorité (166 oui, contre 155 non). L'affaire du chemin de fer de l'Est se termina du reste piteusement : l'État racheta la ligne

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tout entière et on fit transmettre les dossiers qui s'y rapportaient, au procureur général. Mais celui-ci n'était pas en mesure de sévir contre les principaux délinquants, car étant étrangers, les poursuivre devenait d'autant plus impossible que les éléments d'accusation avaient en partie disparu.

Quoique encore soutenu par le " parti Deâk » , le ministère Szlâvy ne survécut pas longtemps à cette alerte : il donna sa démission le 8 mars suivant, mais il ne fut remplacé que le 21 du même mois, les pourparlers avec Coloman Ghyczy et M. Coloman de Tisza ayant retardé la formation d'un cabinet nouveau. Car parmi les sommités politiques qu'il a l'habitude de consulter dans ces moments critiques, François-Joseph les fit inviter pour écouter leurs avis sur la situation. Le second ne voulut pas renoncer même conditionnellement à son programme et accepter le compromis, tandis que le premier ne crut pas avoir le droit de refuser l'offre du souverain et se montra prêt à entrer dans une combinaison ministérielle.

Il en devint la cheville ouvrière par la grande signification de son acceptation, quoique on ne lui y ait gardé que le portefeuille des finances. La présidence du cabinet échut à Etienne de Bittô, dont la modération et 1 impartialité furent très hautement appréciées à la Chambre des députés, où il conduisit les débats depuis sa sortie du ministère Lônyay. Il confia le portefeuille de l'agriculture à Georges de Bartal, persona gratissima dans les cercles conservateurs et conséquemment tout indiquée pour servir d'intermédiaire entre ceux-ci et le gouvernement dans le cas où la fusion avec le centre gauche n'aurait pas réussi. Les autres titulaires du cabinet Szlâvy furent tous maintenus à leurs postes respectifs. A vrai dire, aucun des minisires n'avait confiance dans la vitalité d'un gouvernement dépourvu d'un caractère accusé, que les confidences pessimistes de Ghyczy, faites à la Chambre à l'occasion de son exposé financier (le 13 mai Î874), ont encore considérablement affaibli. Il avoua que pour couvrir le déficit de 42 millions de florins, il faudra employer la dernière fraction de l'emprunt ruineux de 153 millions de florins, et qu'il avait peu d'espoir d'éviter une catastrophe financière.

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