‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 90 sur 168 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Communication quelque peu tendancieuse qui pouvait beaucoup nuire au crédit du pays, mais qui eut le mérite d'accélérer la marche des négociations entamées en vue de la fusion. Pour éviter à la Hongrie la honte d'une banqueroute, toutes les renonciations de principes devinrent explicables et excusables. Elles s'imposèrent d'ailleurs au centre gauche par la nécessité aussi de barrer le chemin à la réaction, qui ne se fit pas de scrupule de pêcher en eau trouble pendant les pourparlers en suspens. Le projet de loi concernant le mariage civil, à propos duquel François Deàk avait prononcé son dernier discours l'année précédente et qui avait été renvoyé alors à la Commission, ne fut pas discuté, le gouvernement ayant obtenu cinquante voix de majorité en faveur de son ajournement à la prochaine session (juin 1874).

Mais elle eut d'autres problèmes à résoudre. M. de Tisza y exécuta dès le début des charges à fond contre le ministère au sujet de sa politique financière. Il fit aussi une sortie très violente contre la Chambre des magnats, à propos de la réponse de la loi électorale, en exigeant énergiquement sa transformation radicale, car u s'il s'agit de la suprématie de l'élément magyar, elle ne sera jamais effectuée par cette Chambre, dont les membres ne font aucun effort en faveur de la littérature, de l'art et de l'industrie de la Hongrie » ! Assertion suffisamment exagérée, mais destinée à lui faire pardonner aux yeux de sa clientèle véritable, la classe moyenne, l'abandon de ses anciens principes. Or il devenait une nécessité de plus en plus inévitable et urgente en face des projets financiers de Ghyczy, qui n'étaient que des palliatifs anodins. Et qui pis est, si la Commission du budget avait assez de courage pour les rejeter (le 13 janvier 1875), elle n'était pas assez forte non plus pour en proposer de plus efficaces. Sur treize membres présents il n'y en eut que quatre, appartenant au •■ parti Deâk - , pour voter une augmentation d'impôts de treize millions de florins. Le ministre des finances, éploré, en appela à la Chambre tout entière contre cet échec, fournissant ainsi une occasion avantageuse à M. de Tisza pour exécuter son évolution, si importante au point de vue de ses effets, en lui donnant sa vraie signification.

Elle se laissa d'ailleurs deviner dans le discours qu'il fit à ses partisans au jour de 1 an. Il leur y rappela les dangers qui menaçaient l'avenir du pays, qu'il fallait conjurer même au prix des sacrifices les plus grands, sans préciser toutefois s'il s'agissait de coalition ou de fusion. Cette réticence troubla toutes les tètes. Le baron Sennyey et Lônyay crurent sûrement que M. de Tisza les comprenait dans ses combinaisons. Les plus renseignés affirmaient que tout était possible, excepté une coalition avec Lônyay, et n'expliquaient plus tard le rapprochement entre Sennyey et M. de Tisza que comme une manœuvre de ce dernier pour effrayer le « parti Deâkn . En tout cas, malgré leurs divergences d'opinion au sujet du compromis, trop large pour l'un et trop étroit pour l'autre, ainsi qu'au sujet de l'administration que Sennyey voulait complètement centraliser, et le chef du centre gauche maintenir élective, le premier se crut autorisé à déclarer au second que le sort de la Hongrie ne dépendait que d'eux !

Ce fut donc avec une curiosité fiévreuse que la Chambre vit se lever M. de Tisza le 3 février 1875. D'abord il déclara que les dépenses communes seraient aussi fortes, votées directement par la Chambre, que si elles étaient votées par les délégations. C'était accepter le compromis au point de vue financier. Quant à l'armée, elle lui semtdait être irréductible, vu l'horizon chargé d orages de la politique internationale. C'était accepter l'armée commune. A l'égard du traité douanier et commercial avec l'Autriche, il le trouva acceptable avec certaines modifications, etadmit même la possibilité d'une transaction avec la Banque. Finalement son élocution, d ordinaire très froide, devint tout à fait chaleureuse, quand il exhorta le a parti Deâk •' de ne pas empêcher la réconciliation en cours par des exigences dogmatiques, car si l'on ne se pressait pas de mettre de l'ordre dans les finances de l'État, le compromis qu'il défend avec tant d'acharnement, subirait des transformations qui ne seraient du goût de personne !

Lônyay et le baron Sennyey prirent vainement la parole après ces déclarations capitales. Vaines étaient aussi les répliques de de Hittô et de Ghyczy , ainsi que la majorité que l'en-

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