‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 91 sur 168 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

semble du budget présenté par le (jouvernement a obtenue. La Chambre et l'opinion publique comprirent qu'on était à la veille d'une fusion, imposant la retraite du cabinet et la suspension des séances jusqu'à la fin de la crise ministérielle. Ce fut le ministre président démissionnaire qui entra en pourparlers avec M. de Tisza; il les mena à bonne fin avec l'intervention efficace du comte Andrâssy. Alors François-Joseph fit inviter M. de Tisza à Vienne pour le consulter sur la solution à donner aux difficultés pendantes. Alors on confia leur règlement à une Commission composée de huit membres, dont quatre y furent délégués par le «parti Deâk »> , — nommément M. Coloman de Széll, de Gorove, Szlâvy et Csengery, — et quatre — M. Coloman de Tisza, Thomas Péchy, le baron Simonyi et Gabriel Vârady — par l'opposition.

L'accord s'y fit entre eux dans un laps de temps relativement assez court, car les affaires communes ne constituèrent plus d'empêchement au point de vue de 1 entente depuis les déclarations du chef du centre gauche. Les divergences d'opinions subsistantes encore se rapportaient à des questions d'ordre secondaire et on abandonna la solution des difficultés financières au futur président du Conseil, dont le ministère comprendra trois membres de l'opposition. Quant au gros du " parti Deàk » et du centre gauche, il devait fusionner en prenant le nom collectif de parti libéral, malgré les observations du comte Andrâssy, qui n'admettait pas que iîlO membres du parti gouvernemental pussent être obligés de déposer leurs armes devant 70 membres du centre gauche.

Au fond, il craignit que Deâlc ne fût froissé par cette élimination de son nom de la vie parlementaire, crainte que l'état de santé précaire du «vieux seigneur v augmenta encore. Aussi se déchargea-t-il du soin de lui annoncer cette dernière exigence de M. de Tisza sur le baron Bêla Wenckheim, déjà frère d'armes de Deâk à l'époque de la Renaissance de la Hongrie — de 1825 à 1848, — dont le caractère franc, prime-sautier, et le désintéressement lui étaient particulièrement sympathiques. C'est donc sous une forme presque humoristique que Wenckheim lui expliqua d'abord la situation embrouillée du Parlement, la

compétition des partis différents et Tavidité avec laquelle Tes chefs respectifs voudraient s'emparer du pouvoir. Il ne devint sérieux qu'après avoir mis en bonne humeur son interlocuteur, à qui il fit un récit fidèle de l'état peu avancé des pourparlers, qui ne pourraient s'arranger avantageusement que sous la condition d'accepter les propositions — évidemment draconiennes — de Goloman de Tisza.

«Pour moi, répondit » le vieux seigneur» avec sa placidité iiabituelle, le rôle du u parti Deâk » est terminé depuis qu'il a mené le compromis à bonne fin, c'est-à-dire depuis 1867, et je n'ai été son chef effectif que jusque là. Après avoir formé un cabinet parlementaire, le parti ne pouvait être conduit que par le président du Conseil. Quanta mon générs.at, il était plutôt honorifique, ou nominal ; donc je ne vois Jans le fait qu'on a donné mon nom au parti qu'un simple acte de politesse. Mais la vérité fût-elle tout autre, je ferais avec autant de plaisir ce sacrifice à la création d'un parti libéral et à la patrie. Et si c'est le «' parti Deâk" qui fournit le ministre président et la majorité des ministres, je trouve que le t/ecorw/n et la proportion qui lui épargnera la honte d'une humiliation, seront gardés. »

Telle était la réponse de Deâk, d'après le livre souvent cité de M. Beksics(page 712), que Wenckheim rapporta à Andràssy, (|ui dut ce jour-là comprendre que la grandeur morale du K sage de la patrie » réservait encore des surprises même pour ses intimes!

Maintenant les obstacles étant éloignés en fait de principe, François-Joseph s'occupa de la formation du nouveau cabinet. Pour la présidence il fallait choisir une personnalité assez désintéressée pour renoncer au pouvoir sans difficulté dès que les circonstances admettraient qu'il puisse être cédé à M. de Tisza. Après l'heureuse issue de son ambassade auprès de Deâk, le baron Wenckheim était tout indiqué pour accepter ce rôle ingrat. Il le fit avec la bonne grâce de sa nature ardente et généreuse, se considérant comme très honoré par la confiance illimitée que l'on avait en lui dans les deux partis prêts à fusionner. Pour manifester plus clairement le caractère passager de sa présidence, il garda son portefeuille de ministre

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