‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 92 sur 168 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

a latere, pour lequel il avait l'air d'être créé. En fait de collaborateurs, il recruta dans le " parti Deâk » M. Coloman de Széll pour les finances, Béla de Perczel pour la justice, — Auguste de Tréfort, Béla de Szende et le comte Pejacsevics ne démissionnèrent pas, — et dans le centre gauche Thomas Péchy pour les travaux publics et le baron Simonyi pour le commerce, en oflVant à M. Coloman de Tisza, son successeur désigné, le ministère de l'intérieur.

L'irritation que l'entrée de ce dernier dans un cabinet «suppôt des affaires communes « produisit parmi les membres de l'extrême gauche, fut indicible. On ne lui pardonna jamais d avoir voulu sauver la Hongrie au prix de ses convictions, bien qu'on ait pu voir en 1818 et pendant toute la durée de la guerre constitutionnelle l'inanité de toute politique intransigeante. Celle de M. de Tisza exaspéra dès lors toujours une fraction de ses anciens partisans, aux taquineries de qui il succomba plus tard. Taquineries d'autant plus imméritées que le centre gauche ne pouvait plus subsister longtemps après la défection de Ghyczy et qu'il était entouré d'un état-major de plus en plus pressé de s'emparer du pouvoir. Quant aux autres partis, leur attitude à l'égard de la fusion était diverse. Lônyay crut qu il pouvait jouer le rôle d'un protecteur, et promit pompeusement son concours au nouveau ministère, pour chaque cas impliquant le bonheur du pays; or il fut cyniquement délaissé, dès qu'ai admit que ses partisans pouvaient s'orienter conformément à leurs affinités. Soixante se rallièrent au nouveau parti libéral et il y en eut huit qui s'en allèrent grossir les rangs des sennyeystes. Ceux-ci, au nombre de trente, se serrèrent étroitement autour de leur chef, qu'ils ne cessèrent pas de considérer comme le futur sauveur in extremis de la dynastie et du pays après l'insuccès de la fusion, qu'ils pronostiquaient. En attendant, Sennyey annonça solennellement que lui et son parti seront des oppositionnels loyaux et chevaleresques.

En somme, disposant de 300 voix sur 41 3,1e gouvernement n'avait rien à craindre au point de vue parlementaire. Plus difficile était de contenter ses nouveaux alliés; il fallait pro-

céder avec une circonspection infinie dans la répartition des places pour ne froisser ni les membres du parti Deâk, qui en avaient eu exclusivement la jouissance jusque-là, ni ceux du centre gauche, qui crurent y avoir droit à leur tour comme ralliés. A Coloman Ghyczy on attribua donc la présidence de la Chambre, en réservant plusieurs situations moindres aux anciens partisans de M. de Tisza.

Ce fut le 3 mars 1875 que le nouveau ministère se présenta à la Chambre. Le baron Wenckheim lui communiqua son programme séance tenante. Deux de ses paragraphes se rapportaient aux affaires communes, à la banque, à l'amélioration du compromis douanier et commercial. Dans les huit autres on recommande, au contraire, la réduction des dépenses, Taccroissement des recettes sans augmentation d'impôts, la réforme de l'administration et de la justice, la transformation de la gestion des chemins de fer, la vente de plusieurs propriétés de l'État pour le remboursement de l'emprunt de 153 millions de florins. L'accueil que reçurent le ministère et son programme fut très sympathique ; le pays leur en fit autant, puisqu'aux élections générales la majorité gouvernementale s'accrut encore au moyen des suffrages accordés aux membres du " parti libéral " ; on consacra en même temps la fusion. Aussi M. de Tisza put-il affirmer dès lors qu'elle répondait au vœu de la nation, tandis que son attitude précédente ne lui valut de la part de celle-ci que trois échecs en trois élections consécutives. ^laintenant il fallait qu'il justifiât promptement la confiance qu'on avait mise dans ses capacités, et qu'il prit les rênes du gouvernement sans hésitation. Le baron Wenckheim les lui remit comme un dépôt gardé temporairement, dès le 20 octobre 1875.

François Deâk ne survécut à cette consolidation finale de son œuvre (ju'un couple de mois. Après avoir stoïquement supporté les souffrances de sa longue maladie, il mourut le 28 janvier 187G, laissant à la Hongrie et à l'Humanité 1 exem-

Page 1