‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 95 sur 168 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

forfait sur Talcool et sur le sucre était déjà une grave erreur; en accordant des primes encore par-dessus le marché, son rendement était devenu tout à fait hypothétique. Mais le désavantage spécial pour la Hongrie consistait surtout dans la manière dont on se servait, pour faire la comptabilité, des primes accordées à Texporlatlon. On pava les restitutions sur les recettes des douanes dans la proportion de la quote-part, c'est-à-dire de 30 à 70, tandis que la Hongrie ne participait à l'exportation que pour 10 0|0 à peine. Donc ce fut l'Autriche qui profita des primes payées par la Hongrie. L'absurdité de cette prime à l'exportation atteignit ainsi à sa plus haute expression. On a démontré, chiffres en main, que l'impôt sur le sucre, comparé aux primes pavées à l'exportation, causait un déficit de plusieurs millions de florins au lieu de fournir un revenu. Cet inconvénient ne pouvait pas se prolonger. Le supprimer étant impossible, on ne put le rendre que moins désastreux, et le préjudice subsiste en partie même maintenant encore. Toutefois les dispositions du nouveau compromis constituaient incontestablement un progrès à cet égard. Joint à des impôts de consommation récemment créés, le nouveau mode de comptabilité procura des avantages notables dans le ressort des contributions indirectes ; et on considérait aussi comme un dédommagement partiel l'élévation de certains droits douaniers, qui ne chargeaient pas la consommation hongroise dans la même proportion que profitaient leurs produits aux finances hongroises dans le compte des revenus des douanes . Mais ce fut au sujet des relations de la Banque nationale autrichienne avec la Hongrie que la lutte devint surtout opiniâtre. Cette fabrique de papier-monnaie ne voulait consentir que très difficilement à la reconnaissance effective du dualisme. La créance de 80 millions de florins qu'elle avait avancés au gouvernement autrichien et que la Hongrie ne voulait pas reconnaître, contribuait beaucoup à lui faire conserver son attitude peu conciliante à l'égard des revendications financières de cette dernière. Or, créer une banque indépendante est un droit incontestable pour elle : aussi l'essai de sa réalisation était-il déjà tout proche; la crise financière seule

l'empêchait encore. Mais il était impossible de retirer de la circulation le papier-monnaie qui avait cours forcé. Il aurait fallu que le règlement de la valuta précédât la création d'une banque indépendante. Tout ceci rendit donc nécessaire pour l'instant le maintien en commun de la Banque existante. Seulement il devenait urgent que l'on mît son activité d'accord avec les droits politiques de la Hongrie, c'est-à-dire que la Banque se procurât des privilèges spéciaux de la Hongrie, qu'elle prît le nom de Banque austro-hongroise , qu elle émît du papier-monnaie avec le texte en allemand et en hongrois. Et afin que cette transformation ne restât pas purement nominale, M. de Tisza assura à la Hongrie une certaine influence sur la direction de l'établissement en modifiant son organisation et en faisant cesser son indifférence inflexible à l'égard des demandes que lui adressaient l'industrie et le commerce hongrois. Dès lors il mit annuellement à leur disposition une somme fixe assez considérable.

Ce ne fut qu'au prix de longues et laborieuses négociations que M. de Tisza obtint ces résultats. Elles commencèrent à Pesth le 2 janvier 1876, et les ministre autrichiens — particulièrement de Lasser, le ministre de l'intérieur — se montrèrent dès le début très irrités par les rectifications que leur demandaient leurs collègues hongrois. Ils ne voulurent reconnaître sous aucun prétexte la parité de la Hongrie dans l'administration de la Banque, — notamment dans le Conseil d'administration, — forçant M. de Tisza à donner sa démission (le 6 février 1877), entraînant également celle du ministère autrichien, présidé par le prince Auersperg. Mais ayant consulté le baron Sennyey, Georges de Majlâth, de Bitto, Szlâvy et Ghyczy, François-Joseph comprit que M. de Tisza était seul en mesure de continuer et de mener à bonne fin les pourparlers engagés. La crise ministérielle se termina donc par le maintien au pouvoir du cabinet de Tisza (le il février 1877).

De telles secousses ne pouvaient naturellement avoir lieu sans influencer la situation parlementaire (1). D'abord il y eut

(1) Si aux élections générales de 1875 ce fut à une [ihalange tic 329 députés,

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une démission ministérielle, celle du baron Simonyi (août 1876), devenu plus tard le chef des » libéraux indépendants " , tandis qu'au commencement de 1878 on assista à la sécession d'un groupe de capacités de premier ordre, telle que Didier Szilâgyi, Paul de Somssich, Aladâr Molnâr, Jean Paczolay, Auguste Pulszky, M. Ferdinand Horânszky.

Heureusement pour M. deTisza, les conservateurs ne surent pas profiter efficacement de cet ébranlement du parti gouvernemental. H est vrai que, vu leur petit nombre, — ils étaient vingt en tout, — compter sur l'appui de l'opinion publique leur était interdit. Mais chez eux la qualité remplaçait largement lu quantité, puisqu'ils pouvaient se targuer de la présence dans leurs rangs d'un comte Albert Apponyi, fils de l'ancien chancelier hongrois et orateur du plus grand talent, d'un Benjamin Kàllay, d'un Achate Beotliy, d un comte Paul Széchenyi, d un Paul de Somssich. Avec des soldats semblables, un chef énergique, décidé, pouvait tout oser : le leur, le baron Sennvev, ne sut que discourir, certes très académiquement et très précieusement, mais sans aucun profit appréciable. Cet effet de son tempérament lymphatique le desservit aussi bien en face du souverain, où un mot spirituel, bien opportun, équivaut aux phrases les plus soigneusement construites, que dans le feu d'une discussion au Parlement, quand il faut rapidement répondre du tac au tac. D'ailleurs le " baron noir » — on le désignait par ce sobriquet — n'avait pas un programme bien arrêté. Par crainte de perdre la direction des affaires, il évita de faire un rapprochement avec la classe moyenne de la gentiy, et pour rétablir l'équilibre budgétaire, il eut volontiers sacrifié 1 institution des honvéds, tandis qu'un des siens réclamait avec l'extrême gauche la réduction des dépenses communes. Au surplus, les conservateurs ne croyaient pas en général à la possibilité du renouvellement du compromis économique avec

dont 166 appartenant à la nuance deikiste, et 16'3 nommés sous l'égide du centre gauche, que le « parti libéral » ouvrit les portes de la Cliainlire, au sein de cette majorité formidable qui devait royalement garantir l'existence du ministère, on vit bientôt régner la désunion par suite des concessions que M. de Tisza se cri.t obligé de faire à l'Autriche.

l'Autriche; ils attendaient donc avec la même quiétude le moment, où ils deviendraient indispensables, avec laquelle ils l'attendaient vainement aussi sous le Provisoire.

Si une telle attitude ne pouvait jamais tout à fait convenir aux plus jeunes, après la réussite du compromis elle leur est devenue intolérable. Aussi à la veille des élections générales de 1878 fut-elle abandonnée, et le comte Apponyi, devenu chef effectif du parti, se décida-t-il aune action. Seulement, comme il comprit que celle-ci ne pourrait exercer aucune influence sur les événements, tant que les membres du parti ne seraient pas plus nombreux, il fit des ouvertures aux u libéraux indépendants " pour les engager à se fusionner avec les siens. Ces avances venant de la part d'un personnage aussi considérable, trouvèrent facilement un écho dans un parti qui, jusqu'alors, n'avait pas encore beaucoup de prestige. D'un autre côté, la seconde fournée de sécessionnistes ayant quitté la majorité gouvernementale, ne demandait pas mieux non plus que de se rallier à un parti embryonnaire, conséquemment encore dépourvu de toute intransigeance dans ses principes.

Telle était la genèse du parti de V opposition 7noderée, composé de conservateurs impatients, de libéraux mécontents ou boudeurs. Sa cohésion laissait beaucoup à désirer, car ses membres n'étaient d'accord que relativement à leur désir de renverser le cabinet de Tisza, où ce lut le ministre de l'instruction publique, Auguste de Tréfort, qui se chargea par intérim pendant deux ans du ministère de l'agriculture, après le départ du baron Simonyi. Du reste, le comte Apponyi lui-même ne se berça pas d illusions au sujet de l'état d'âme du nouveau parti. En parlant du baron Simonyi et de Didier Szilâgyi, les deux autres chefs alliés, il eut la boutade suivante : " Ces messieurs ont pris des billets pour des stations plus éloignées; ce qui ne nous empêche pas cependant de faire le voyage dans leur compagnie jusqu'à notre station. "

A la suite de cette fusion, le parti conservateur ne se trouva pas seulement transformé, mais dissout aussi. Pour démontrer son mécontentement, le baron Sennyey résigna son mandat de dépulé, tandis que Benjamin Kàllay fit une déclaration

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