‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 96 sur 168 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

diamétralement opposée au point de vue des conservateurs dans la question d'Orient, se rangeant ainsi de l'avis du gouvernement, exemple que suivirent sans hésitation le comte Kârolvi, Lippovniczky et plusieurs autres. Ce fut de 115 voix que ['opposition coalisée constitutionnelle disposa tout d'abord, qui, ajoutées à celles de l'extrême gauche, depuis 1874 ayant pris le nom de parti de 18 48, ne pouvaient être dépassées par la majorité dans les questions importantes que de dix ou quinze voix.

Parmi les créations de la législature dans les questions importantes de 1875 à 1878, il faut mentionner la réunion des villes sœurs Bude et Pesth en une seule portant dès lors le nom de Budapest, ainsi que les Commissions adm,inistratives , érigées par M. deTisza afin de donner satisfaction aux partisans de 1 administration gouvernementale, tout en ménageant les scrupules des autonomistes. C'est à cette époque qu'a paru aussi le Code pénal nouveau, faisant beaucoup d'honneur aux juristes hongrois, et servant en même temps de transition pour l'introduction de la procédure verbale.

Mais à côté des difficultés déjà suffisamment considérables que M. de Tisza avait à vaincre, soit pour défendre le dualisme, soit pour éloigner les obstacles devant le développement moral et matériel de la Hongrie, on vit s'accumuler aux frontières est et sud-est des orages capables de porter dans leurs flancs la destruction d'un pays à peine consolidé et contenant des éléments ethniques qui, par affinité de race et de religion, ressentaient violemment le contre-coup des événements survenus dans leur voisinage immédiat.

On pouvait considérer l'ancien équilibre européen comme complètement détruit après la signature de la paix de Francfort. Aussi, se voyant menacées par les doctrines de la Commune

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de Paris, les grandes puissances formèrent-elles un nouveau groupement, dont le jeune Empire allemand devint le centre. Mais Talliance des trois empereurs, conclue lors de leur entrevue de Berlin, au mois de septembre 1872, ne pouvait avoir qu'un caractère purement défensif, car certains de leurs innombrables intérêts et aspirations étaient fatalement condamnés à s'entrechoquer. A l'égard de l'Autrlche-Hongrie et de la Russie, le heurt provint de la question d'Orient, que le tsar Alexandre II voulut derechef faire revivre pour essayer à son tour la réalisation des rêves moscovites : la prise de Constantinople. Or, si pour François-Joseph il fut déjà impossible d'accéder aux instances de Nicolas I", malgré son influence alors encore très réelle en Allemagne et en Italie, depuis quelle avait été en 1866 brusquement refoulée de ces deux pays, le moindre progrès de la Russie dans la péninsule balkanique, le seul champ d'activité qui lui soit resté, lui eût pu causer des préjudices irréparables. Dans ces conditions, ne voulant pas non plus provoquer une rupture, il usa du seul moyen de défense pratique : la demande de compensations. Le comte Andrâssy l'adopta à son tour pour fil conducteur de sa politique, l'empereur de Russie y ayant acquiescé dans Tentrevue deReichstadt. Et comme cette compensation ne pouvait être qu'une contrée étant à la portée de l'Autriche-Hongrie, on s'arrêta à la Bosnie-Herzégovine, entourée au Nord par la Croatie et à l'Ouest par la Dalmatie, à laquelle elle sert même d' « hinterland » stratégique indispensable.

Cet arrangement, que Napoléon III semblait avoir prévu, ne pouvait pas être divulgué. Aussi l'attitude du cabinet de Vienne resta-t-elle énigmatique jusqu'au Congrès de Berlin et mit-elle la population delà Hongrie plus d'une fois dans un état fiévreux (jui augmenta, dans une mesure inquiétante, les difficultés du gouvernement. A la nouvelle des troubles qui éclatèrent d'abord en Herzégovine, ensuite en Bosnie (en 1875), peu de temps après le voyage que François-Joseph avait fait en Dalmatie, les Serbes de Hongrie se sentirent d'autant plus clectrisés, que par suite des allées et venues des troupes turques le long des frontières serbes, le prince Milan se vit obligé de renvoyer

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