‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 97 sur 168 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

son ministère conservateur, et de nommer un ministère radical sous la présidence de Ristitch, chef de la Société Ondadina, c^m se donnait des airs de Cavour, désireux de réunirions les Serbes sous les drapeaux de son souverain, à qui il destinait le rôle d'un Victor-Emmanuel! D'ailleurs Talliance des trois Empires, de l'Allemagne, de l'Autriche-Hongrie et de la Russie, ne sembla-t-elle pas agir sous l'influence favorable au mouvement insurrectionnel de rajahs bosniaques et herzégovsques, puisque ce fut le comte Andrâssy qui indiqua dans une note les formes nécessaires pour satisfaire aux justes réclamations delà population desdites provinces du sultan. Le succès que ce travail du diplomate hongrois remporta partout ne calma pas l'excitation des Magyars, parce qu ils sentaient instinctivement que les perturbateurs étaient partout sûrs de l'appui effectif de la Russie. Cette entrée en scène agressive et insuffisamment déguisée de la cour de Saint-Pétersbourg les remplit de soupçons inquiétants. Ils considérèrentles tendances expansives du panslavisme comme une menace dirigée contre la sûreté de la Hongrie. De là leurturcophilie, que le ressentiment contre le gouvernement, d'apparence inféodé à la politique russe, ainsi que le souvenir de l'hospitalité accordée à leurs réfugiés politiques parla Sublime-Porte, ont grandement augmentée encore, et pour laquelle l'héroïsme incontestable des armées ottomanes servait journellement de prétexte nouveau.

En face de cette situation compliquée, le gouvernement austro-hongrois, que ses engagements avec la Russie condamnaient à la passivité, ne semblait vouloir prendre aucune décision : attitude exigeant énormément d'énergie contenue. Pour ne pas s'en départir, Andrâssy et M. de Tisza usèrent de toute leur popularité soit aux délégations à Vienne, soit au Parlement hongrois. Grâce à leurs efforts réunis, les premières se contentèrent de voter dix-huit millions de florins pour l'achat de canons Krupp, et au second on fit crédit encore au patriotisme de M. de Tisza avant de s'en aller en vacances. Du reste le président du ministère ne confondit pas non plus la neutralité avec l'inactivité. Pour mettre un terme aux agissements des agita-

teurs serbes, qui parcouraient le sud de la Hongrie, en y recueillant des dons et en y recrutant des volontaires en vue d'une guerre imminente de la Serbie contre la Turquie, M. de Tisza enjoignit aux autorités, dès le 4 juillet 1876, de les en empêcher, et le lendemain il fit même arrêter le député Miletics, accusé de crime de haute trahison, à qui il avait déjà donné, ainsi qu'à Polit, autre député nationaliste, un avertissement des plus énergiques à la Chambre. Cette fois le procureur royal Kozma ne se laissa pas intimider par l'immunité parlementaire, car il avait des preuves écrites de la culpabilité de ce membre du Parlement hongrois, égaré par les doctrines panslavistes et prêt à organiser un soulèvement contre le gouvernement constitutionnel de son pays. Celui-ci ne s'opposa pas à son arrestation, mais ilajourna le procès jusqu'à la rentrée des Chambres, où le cas fut immédiatement soumis à l'appréciation des députés, dont la majorité ratifia sans hésitation un procédé que les circonstances rendirent excusable. Quant à Miletics, il fut traduit devant le tribunal et assez sérieusement condamné.

En attendant, l'Europe assista anxieuse à l'ouverture des hostilités entre l'armée serbe et l'armée turque, car elles pouvaient provoquer une conflagration générale. Déjà on vit canonner, par un camp retranché serbe, un bateau à vapeur hongrois passant sur le Danube entre Turnu-Sévérine et Orsova, agression que le comte Andràssy ne taxa pas de sérieuse et pour laquelle il se contenta de la destitution du commandant, après avoir fait envoyer deux moniiors, qui stationnèrent dès lors pendant des années dans ces parages. Plus graves étaient les perquisitions qu'on était obligé d'ordonner dans les Confins militaires de la Croatie, car il s'agissait là d'un véritable complot organisé, visant l'extermination des catholiques de la contrée et la création d'un royaume composé de la Croatie, de la Bosnie et de l'Herzégovine sous le sceptre du souverain serbe. Par bonheur le /;a;Ve national^ qui avait Mazuranitch pour chef et auquel, sur soixante-dix-sept sièges, soixante sont échus aux élections générales de 1875, se tenait tout à fait à l'écart de ce courant d'utopies antipatriotiques,

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