IX. — LE CLERGÉ
autonome, ainsi que l'église catholique grecque avec ses deux patriarches, l'un pour les Daco^romains, l'autre pour les Serbes. On pourrait donc dire que dans le royaume de Hongrie il y a trois églises catholiques, même de que l'on y compte trois églises protestantes. L'église catholique est de toutes les églises hongroises la plus ancienne^ elle date du baptême du roi saint Etienne et de la puissance des Arpâd qui furent les fondateurs de la nation hongroise en Europe. Aussi, quoi qu'en disent et en pensent les intransigeants de la Hongrie, le clergé catholique de ce pays, est peut-être le plus libéral des clergés catholiques qui soit en Europe. On pourrait presque dire qu'il est le seul vraiment libéral. Aussi, dans toutes les questions où le principe de la nationalité se trouvait engagé, le clergé catholique hongrois • a-t-il toujours pris fait et cause pour le pays contre l'étranger. Et ce qu'il y a de curieux et même d'étrange dans la situation c'est que la curie romaine, la Rome papale, ce foyer de réaction pour tant d'autres pays et surtout pour l'Italie, procède tout autrement pour la Hongrie et la Pologne dont elle a mainte fois soutenu et encouragé les aspirations nationales, sans jamais les entraver. Le cardinal Haynald. pour citer un exemple illustre, se rappelle avec un sentiment de vive reconnaissance l'accueil sympathique qu'il trouva à Rome auprès de Pie IX, au temps de sa disgrâce et de son exil, causé par son attitude indépendante vis-à-vis de la cour
de Vienne. Ce même Pie IX, qui devait plus tard refuser sa grâce à l'archevêque de Kalocsa pour avoir osé se déclarer avec monseigneur Strossmayer contre le dogme de l'infaillibilé, avait jadis accueilli l'ancien évoque patriote de Gyula-Fehërvâr (Alba Julia) avec une grande distinction et même avec une bonté on ne peut plus paternelle, en le nommant archevêque in partions de Cartilage.
Nous venons de nommer le cardinal Haynald. Cette figure vraiment éminente de prélat magyar mérite qu ' nous l'observions de plus près.
Né en 1810 dans la ville de Szécsen et issu d'une famille d'origine allemande, il atteindra le 3 octobre prochain sa soixante-dixième année. Ayant fait ses études à Esztergom (Gran) et à Vienne, il fut d'abord coadjuteur de l'évèque de Gyula-Fehérvàr en Transylvanie, puis titulaire lui-même de ce diocèse. Disgracié et exil/' en 1 80: i, il se rendit à Rome. Rentré en Hongrie en 1807 avec le triomphe de la nouvelle constitution hongroise, il fut nommé archevêque de Kalocsa. Si monseigneur Haynald ne s'était pas prononcé au concile du Vatican, il aurait obtenu de Pie IX le chapeau de cardinal, comme prix immédiat de son dévouement. Mais Pie ÎX n'était pas saint au point d'oublier les blessures faites à son amour-propre. On raconte même que le jour où l'archevêque de Kalocsa vint prendre congé du Saint-Père et se mit à genoux devant lui pour en invoquer la bénédiction apostolique, Pie IX, dont le péché mignon