IX. — LE CLERGÉ
était un faible pour le calembour, au lieu de le bénir le regarda d'abord d'un air curieux; puis soudain prenant une pose tragique et avec un crescendo menaçant il s'écria devant toute sa cour assemblée: « liai!... haï ! !... Haï ! ! !... nald ! ! ! ! » Par ce cri demisérieux, demi-bouffon, Louis Haynald était formellement averti qu'il pouvait mettre son cœur en paix, et que sous le pontificat de Pie IX il n'aurait certes pas la barrette rouge.
Heureusement pour lui, à un pape saint qui aimait les pauvres d'esprit, succéda sur la chaire de Saint- Pierre un pape fin et instruit qui aime les savants. Aussi, dés le 12 mai 1879, monseigneur Haynald fut-il élevé par Léon XIII à la dignité de cardinal. Ce ne fut que justice, car l'archevêque de Kalocsa n'est pas seulement un illustre prélat, un homme de bien et un homme d'esprit, il est aussi un savant de premier ordre, un naturaliste éminent, un botaniste célèbre. Son herbier bien connu et pour lequel il a dépensé des sommes considérables 1 est un des plus riches et des plus complets d'Europe. Élu membre de l'Académie des sciences de Budapest en 1868, il publia dans les actes de cette Académie et dans différentes revues hongroises des notices
1 II nous racontait lui-même que pour les seules chemises en papier de son herbier il avait dépensé 15,000 francs. Ce chiffre peut donner une idée de la richesse de la collection.
remarquables, apportant ainsi sa contribution aux sciences naturelles et surtout à l'histoire de la botanique.
Les études et les hautes fonctions ecclésiastiques occupent beaucoup le cardinal Haynald, mais ne l'absorbent pas exclusivement; par conséquent, il peut encore prendre un vif intérêt et une part active à la politique. Elu président de la délégation hongroise en 1879, il y joua un rôle qui n'est point oublié; et depuis, à plusieurs reprises, il est rentré dans l'arène politique armé de tous points.
De tout temps l'église de Kalocsa a disputé lajsuprématie à l'église primatiale de Gran. Les documents historiques du XIIIm9 siècle nous montrent déjà les papes occupés à apaiser la discorde qui régnait entre les deux églises rivales. Cette rivalité existe encore. Même dans la conduite des affaires ecclésiastiques il y a divergence. L'église de Kalocsa par exemple, protège fort les Jésuites; l'église de Gran en refuse absolument le concours.
En outre, il y a une sorte de rivalité personnelle entre les deux éminents titulaires des deux églises. L'archevêque de Kalocsa est homme du monde; il fréquente la société comme un prélat romain d'autrefois et ne fait point les dames. Il sait au contraire les intéresser par son esprit inépuisable, par son amabilité, par son vif enjouement. Dans un salon, le cardinal Haynald se trouve parfaitement à l'aise ; il est recherché et entouré, il a sa cour. C'est à qui