‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 107 sur 133 · IX. — LE CLERGÉ · texte numérisé non relu

IX. — LE CLERGÉ

provoquera sesj reparties qu'on recueille et qu'on cite. Là où il se trouve la conversation ne tarit point, et si elle languit c'est lui qui la ranime et l'égayé. Lorsqu'il entre, la maison prend un air de fête; dJs qu'il part, tout le monde se lève et la causerie commence à traîner. Sa façon d'entrer dans un salon et d'en sortir ne saurait d'ailleurs passer inaperçue. Sa pourpre flottante, ses yeux étincelants, son visage souriant, son bon mot toujours prêt le font distinguer de toute l'assistance.

Un soir il y avait réception chez Mme de Beniczky, la femme du sous-secrétaire d'État au ministère de l'intérieur. Nous étions présent, lorsque monseigneur Ilaynald entra. M. de Beniczky se leva pour aller a sa rencontre, et le cardinal vint s'asseoir à côté de la plus spirituelle parmi toutes les Hongroises que nous ayons connues a Budapest. Son chapeau paraissant l'embarrasser, M. de Beniczky fit un mouvement pour le délivrer de ce fardeau.

— Permettez.

— Jamais !

— Pourquoi pas?

— Jamais, au grand jamais ! Demain on ne manquerait pas de dire dans les journaux que l'Eglise a capitulé devant l'Etat.

Et il se leva pour déposer lui-même son chapeau quelque part.

On rit. M. Falk, le directeur du Pester Lloyd, s'approche. Alors commence un véritable feu roulant

d'esprit entre le représentant, de l'Eglise et le représentant de la presse officielle. Evidemment, ils ne s'aiment pas, et, comme ils sont de taille, aucun des deux ne lâche prise. L'aimable voisine du cardinal jette de son côté quelques gouttes d'huile sur ce feu. L'esprit pétille, et des fusées partent qui vont même interrompre la conversation des autres groupes du salon.

Autre scène à un banquet princier chez Mme de Vigyazô. S. E. Paul Sonntag est assis assez près du cardinal. Une seule dame les sépare. M. Sonntag est né dans la même ville que le cardinal Haynald; il sait ce qu'il a été, d'où il est parti: il connaît par cœur son passé, sa jeunesse, et n'a pas le mauvais goût de trop détailler. Mais il se sert de ce qu'il sait pour mettre un grain de sel, une petite pointe à ses réponses, lorsque le cardinal s'avise d'enfler son discours, de monter en chaire et de prendre l'essor vers le ciel. « Prends garde, semble lui dire S. E., je vais démasquer ma batterie. » Le cardinal averti cherche alors sa revanche d'un autre côte. Il affecte un air humble, s'incline devant la toute-puissance de l'État et fait force compliments à son adversaire. On comprend très bien qu'il plaisante, qu'il s'amuse à un jeu: mais on comprend aussi qu'il joue bien et qu'il gagne la partie. Lorsqu'il se lève pour porter son toast, on sent qu'il est sorti vainqueur de la lutte, et que lui seul, dans toute l'illustre société qui l'entoure et l'écoute, a le droit

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