‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 108 sur 133 · IX. — LE CLERGÉ · texte numérisé non relu

IX. — LE CLERGÉ

de parler à la fois au nom de la patrie, de la science et de la religion.

Une autre t'ois nous rencontrâmes le cardinal Haynald à un somptueux souper académique offert par le secrétaire général de l'Académie des sciences monseigneur Fraknoï. S. E. le ministre des cultes et de l'instruction publique M. Tréfort était assis à côté de lui. Point de familiarité entre les deux puissances de l'État et de l'Église qui se trouvent souvent en conflit au sujet de l'ingérence gouvernementale dans les écoles. L'archevêque de Kalocsa a donné un grand développement aux institutions scolaires de son diocèse, avec des résultats on ne peut plus satisfaisants. L'archevêque pense, peut-être, que l'intervention de l'État est superflue; mais le ministre des cultes et de l'instruction publique ne peut pas a son tour renoncer à ses prérogatives qui sont des devoirs. Il doit maintenir à rj^tat le droit suprême du contrôle, ne fût-ce que pour approuver l'œuvre des écoles confessionnelles. Ce contrôle rencontre pourtant dans son application des difficultés qui amènent de fréquentes contestations. Mais nous avons remarqué avec la plus vive satisfaction que tous ces différends ainsi que n'importe quelle divergence d'opinions et de croyances n'empêchent point les membres des différentes confessions religieuses d'entretenir entre eux un commerce des plus agréables.

N'avons-nous pas rencontré aux funérailles pro-

testantes de la veuve du poète Arâny l'évêque catholique Danielik qui écoutait avec émotion le beau discours de l'évêque calviniste Charles Szàsz? N'avons-nous pas vu à Kolozsvàr le professeur Hegediis, directeur du collège réformé, bras dessus bras dessous avec le directeur du collège des piaristes, pendant qu'ils nous accompagnaient tous deux dans notre visite à ce collège? N'avons-nous pas entendu le professeur Arâny, piariste, ayant à ses côtés un prêtre grec, nous parler au nom de la ville protestante de Szegedin? En observant cette espèce de camaraderie ou, pour mieux dire, cette confraternité chrétienne entre les membres des différentes confessions hongroises, nous ne pouvions nous empêcher de penser que cet exemple de noble tolérance religieuse méritait d'être suivi dans d'autres pays. En quoi M. Tréfort serait-il moins libéral qu'un ministre italien de l'instruction publique, en n'effarouchant pas un cardinal, un prince de l'Église et ayant avec lui les meilleurs rapports de société? Tandis que le même cardinal, s'il se trouvait à Rome, se garderait bien d'approcher un ministre d'État italien. Le cardinal Haynald se souvient toujours avec un sentiment de vive satisfaction d'avoir été présenté, à l'étranger, au prince Humbert et à la princesse Marguerite. Nous profitâmes de ce souvenir pour lui demander pourquoi, en allant à Rome, ii ne visiterait pas au Quirinal le couple auguste. « C'est très compliqué, très compliqué, » murmura-t-il

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