IX. — LE CLERGÉ
en laissant tomber ce discours qui évidemment le gênait. Et cependant nous l'avons quitté ce jour-là avec la persuasion intime, que si Léon XIII sortait du Vatican pour aller bénir le roi et la reine d'Italie, l'un des premiers à le suivre serait le cardinal Naynald, malgré touio la protection qu'il accorde aux Jésuites.
Nous prévoyons ici l'objection que l'on peut nous faire. Pour subvenir aux besoins de ses finances, le Gouvernement hongrois n'a pas, jusqu'ici, porté atteinte au droit de propriété et ne s'est pas encore emparé des biens ecclésiastiques, ainsi que cela est arrivé en Italie avec un si grand scandale pour l'Église, un aussi grand froissement d'intérêts et un aussi mince profit réel pour l'État. Ceci est vrai pour le moment. En sera-t-il de môme pour longtemps ? L'énorme richesse de certains évèchés et archevêchés hongrois sera-t-elle toujours à l'abri de la convoitise inévitable du socialisme d'État? Nous n'en savons rien. Mais nous n'ignorons point non plus que l'isolement du baut clergé italien date d'avant l'expropriation des corporations religieuses, et nous sommes convaincu que même si une spoliation de l'Église catholique devait avoir lieu en Hongrie, cette loi d'État n'empêcherait point les exécuteurs et les victimes de cette loi d'entretenir entre eux des rapports de cordialité, chaque fois que l'estime et la sympathie personnelles justifieraient cette entente. L'esprit libéral est si grand dans le
pays des Magyars que ni la politique ni la religion suffisent pour entretenir les rancunes. On peut, pendant les débats, échanger de part et d'autre des coups vifs et même rudes ; mais le débat terminé, les deux combattants se donnent le plus souvent la main. La lutte a un caractère objectif et les personnalités restent en dehors. Ceci est encore une des caractéristiques de l'esprit chevaleresque hongrois, et il faut dire â l'honneur du clergé hongrois qu'à son tour il a su s'approprier une partie de cet esprit de haute courtosie. Une pareille chevalerie serait digne d'être imitée par le haut clergé des autres nations; car, après tout, c'est encore de la bonne politique. Aussi, en éveillant dans le pays de grandes sympathies, le clergé hongrois intéresse-t-il le peuple même à sa conservation. Le jour où l'on commencerait à le persécuter, il trouverait des défenseurs naturels non pas seulement dans le grand nombre de ses clients, mais aussi dans la nation elle-même dont le haut clergé hongrois ne s'est jamais séparé.
Le cardinal Haynald a dû souvent se poser la question suivante : « Que ferais-je, si j'étais primat de Hongrie? » Nous serions prêt â parier, que la réponse â cette question a toujours été la même et qu'il s'est dit : « Je ferai de la politique, beaucoup de politique, surtout de la politique. » Les détails de cette politique éventuelle qui ne se fera peut-être jamais — car le primat actuel doit avoir tout juste