‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 110 sur 133 · IX. — LE CLERGÉ · texte numérisé non relu

IX. — LE CLERGÉ

L'âge il ii cardinal Baynald, et le candidat probable à la primatie, à ce que nous avons entendu, serait monseigneur Ramassa, archevêque d'Eger (Erlau), — les détails de cette politique ipothétique nous échappent. Mais ce qui nous semble certain c'est que l'archevêque de Kalocsa a des tendances, même des goûts diamétralement contraires à ceux de l'archevêque de Gran, le cardinal primat Jean Simor. L'un aime la vie mondaine et assez bruyante de la capitale ; l'autre la retraite tranquille de sa résidence. Il ne faudrait pourtant pas croire qu'au milieu du tumulte mondain, le cardinal Haynald oublie sa mission apostolique. Nous l'avons vu dans une seule soirée passée chez MIles Janka et Stéphanie Wohl opérer deux petites conversions : l'une sur une jeune fille qui fumait la cigarette et qui touchée par l'aimable reproche de l'illustre prélat fit serment, ce soir-là, de ne plus jamais fumer; l'autre sur le consul de Turquie, Féridoun Bey, gentilhomme accompli et qui, sous le charme de l'esprit et de l'amabilité, oublia un instant le vieux Coran et baisa respecteusement, dans un moment d'émotion, la main qu'on lui tendait.

Le cardinal Haynald est sans doute d'un avis que la Rome papale actuelle ne semble point partager. Il doit vraisemblablement penser que l'Église a le devoir de se jeter dans la mêlée de la vie mondaine pour sauver la religion et lui maintenir son ancienne force et son ancien prestige. Le cardinal Simor pense, au contraire, qu'il convient à l'homme

d'Eglise de mener une vie simple, retirée, sans pompe et sans éclat, et faite entièrement de vertus.

Nous avons eu l'honneur de visiter cet illustre prélat dans sa résidence de Gran et nous avons été édifié sur les mérites de ce prince de l'Église. Enfant du peuple, il a su, par la ténacité de sa volonté, son application à l'étude et une vie exemplaire monter, peu à peu, le sort aidant, au degré suprême de la hiérarchie ecclésiastique et devenir dans son pays le pontife vénéré et vénérable.

Lorsque nous arrivâmes, notre fidus Acliates et moi, à la résidence primatiale de Gran, nous avions été devancés par l'annonce de notre arrivée. Différentes lettres étaient parties de Budapest pour avertir l'entourage de Son Éminence que nous arriverions le 5 ou le 6 mars avec le désir de présenter nos hommages au primat. Quelques journaux avaient détaillé davantage et ajouté de leur cru que nous serions, pendant quelques jours, les hôtes du cardinal Simor. Le monde réactionnaire en fut vivement troublé et un article du Magyar Allant prit soin de constater que nous étions des francs-maçons, des hérétiques, des patarins dignes du feu, quelque chose comme Lucifer ou l'Antichrist en personne. Entre le Chapitre de Gran et la Résidence il y eut donc, pendant quelques jours, des pourparlers afin de savoir ce qu'il fallait faire de ce calviniste transylvain et de ce libre penseur italien qui osaient entrer dans la ville sainte. Il fut enfin décidé qu'ils

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