IX. — LE CLERGÉ
seraient reçus comme simples touristes ; que l'on viendrait cependant les prendre à la gare avec la voilure de Son Éminence, sauf a la bénir à fond après leur départ: qu'ils seraient, aussitôt arrivés, accompagnés directement à leur hôtel, et que le docte chanoine D***, parlant couramment italien, leur ferait préalablement connaître le soi-disant programme de leur réception. Le programme était celui-ci: le soir, visite au trésor de Gran, à la cathédrale et à la chapelle de Saint-Étienne ; le lendemain matin, visite â la bibliothèque et à la galerie du primat. Apres quoi l'on demanderait si le cardinal primat voulait bien nous permettre de lui être présentés. Mais le soir de notre arrivée, M. D***, chanoine du Chapitre de Gran, nous laissa quitter sa demeure avec la fâcheuse impression que nous partirions très probablement de la Rome hongroise sans avoir vu son pape.
On avait évidemment décidé qu'on nous recevrait comme des curieux, ayant, si l'on veut, quelque intérêt pour la science, mais qu'il fallait tenir â distance, en leur défendant surtout tout rapprochement trop intime avec réminent prélat, objet principal de notre visite. Un jeune peintre de talent, M. Patzka — dont le primat, fort heureusement pour l'art, a encouragé les premiers pas, — avait eu l'amabilité de se joindre à notre pèlerinage. L'illustre architecte Lippert, qui habite la résidence même du primat et dont nous avions eu la bonne fortune de
connaître en Italie la femme, une aimable viennoise qui a publié différents recueils de poésies fort estimées, nous fit un accueil des plus sympathicpues. La bienveillance de l'architecte et du peintre à notre égard contribua probablement à modifier la disposition d'esprit dans laquelle se trouvait Son Éminence avant notre arrivée. Le lait est que le lendemain, pendant que nous visitions attentivement et que nous admirions la riche bibliothèque du primat, on vint nous annoncer que Son Eminence elle-même daignait descendre à notre rencontre. Curieux, peut-être, de voir de près les deux hôtes qui s'intéressaient si vivement et si longtemps à ses livres, le cardinal primat passa par-dessus l'étiquette et fit lui-même les premiers pas. Ses yeux expressifs étincelèrent d'une satisfaction toute particulière dès qu'il put s'apercevoir comme quoi notre intérêt se portait principalement sur ses précieuses et admirables collections historiques. Son Eminence eut même l'aimable attention de nous faire remarquer le nombre considérable de livres italiens, surtout historiques, et même des plus récents qui enrichissent sa bibliothèque, nous faisant noter à ce propos, avec une intention des plus délicates, que quelques-unes de nos publications se trouvaient dans le nombre.
La bibliothèque du primat est une de ses gloires; elle contient maintenant plus de 30,000 volumes disposés avec une entente supérieure. Il y a cinquante ans que Jean Simor, devenu prêtre, re-