IX. — LE CLERGÉ
Qotre dépari que, pour fêter le cinquantième anniversaire de son entrée dans les ordres, Son Eraiuence avait donné d'avance quelques centaines de milliers de francs pour la fondation d'un nouvel or-«
phelinat dans la ville de Gran. Ce sera là un monument de plus qui viendra embellir la ville sainte.
Avant de quitter la bibliothèque, nous apprîmes que Son Éminence avait pris personnellement des renseignements pour savoir s'il y avait possibilité de retenir a dîner les deux Lûtes. C'était jour de maigre, et, nous l'avons dit, rien n'était préparé pour nous accueillir. Mais le majordome ayant répondu du succès, M. Lippert vint fort poliment nous inviter au nom de Son Éminence. Nous demandâmes la permission de nous retirer pour quitter nos vêtements de voyage et endosser .Hiabit de circonstance ; mais le cardinal nous fit dispenser de cette formalité et vint nous rejoindre de nouveau dans la galerie pour nous accompagner lui-même et se faire notre cicérone dans la bibliothèque artistique.
Le dîner improvisé fut on ne peut plus intéressant. Son Éminence fit placer à ses côtés les deux hôtes qu'il entretint longuement de ses vo3'ages en Italie, des grands maîtres de la peinture italienne, de Florence, en s'efforçant, de temps en temps, de parler italien. L'architecte Lippert, le peintre Patzka, la chanoine D*** et quelques autres prêtres faisaient couronne. La conversation ne languit pas un seul instant : à la fin du dîner on servit un excellent
tokaï et l'un des hôtes porta un toast au primat. Enfin, le cardinal fit le signe de la croix; nous nous inclinâmes, et on se leva de table. Tenant à emporter avec nous l'image du primat et lui en ayant témoigné respectueusement le désir, il nous fit aussitôt monter avec lui au dernier étage, où se trouve son appartement privé avec une vue superbe sur le Danube.
Dés que le cardinal entra, un passereau solitaire enfermé dans une cage entonna en l'honneur de son maître un gracieux motet qui nous ravit tous. Le cardinal s'étant approché de la cage et ayant pris dans sa main l'oiseau apprivoisé, celui-ci recommença sur un ton plus voilé sa douce chanson. Quel hymne tendre et intime à la bonté quotidienne et constante de Son Éminence ! Après quoi, le cardinal nous donna son portrait avec sa signature. Au moment de prendre congé, ayant sans doute remarqué l'émotion qui nous avait gagné à la présence et au contact d'un homme aussi vénérable, il dit tout bas â quelqu'un de sa suite : « Est-ce cela le diable ? Ma foi, si le diable est ainsi fait, il me plaît. »
Nous regrettons de ne pas avoir eu l'occasion d'approcher S. E. Laurent Schlauch évêque de Szatmâr, dont on loua devant nous la forte intelligence, l'esprit sagace et la science. Nous nous félicitons toutefois d'avoir fait la connaissance d'un autre évêque d'un très grand savoir, monseigneur Arnold Ipolyi, évêque