‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 116 sur 133 · IX. — LE CLERGE · texte numérisé non relu

IX. — LE CLERGE

suader qu'il gouvernera avec sagesse son église. Nous avons appris que monseigneur Fraknoï est issu d'une famille israélite et qu'il s'appolait Frankl avant de magyariser son nom et do le changer en Fraknoï. Cette origine orientale semble avoir nui tant soit peu à la carrière ecclésiastique de l'illustre historien et retardé son élévation à la chaire épiscopale. Mais la Hongrie nous parait le pays où, avec les tendances politiques actuelles, on devrait regarder de moins près à l'origine des nouveaux Magyars. S'il fallait en venir aux éliminations des éléments étrangers, la besogne serait grande et, dans ce moment, ces éliminations auraient un effet dissolvant pour la nationalité magyare. Nous avons exprimé assez clairement notre pensée au sujet de l'envahissement des Juifs à Budapest ; mais, si nous ne désirons point — et nous supposons que les Israélites môme les plus distingués, les plus éclairés, sont de notre avis — que la capitale àâ la Hongrie devienne une ville essentiellement juive, lorsque le judaïsme vient se mag}Tariser et fournir à la nation hongroise une force intelligente comme celle de monseigneur Fraknoï, non seulement les Magyars font bien d'en profiter, mais ils ont le droit de s'en féliciter. La foule de Juifs à instincts nuisibles et bas a causé le plus grand dommage aux Israélites distingués qui auraient fait d'excellents Maryars. Le gouvernement de M. Tisza, dans son zèle peut-être excessif pour la magyarisation des Juifs, s'est dit probablement: Ex uno disceomnes;

si un Prankl est sur le chemin de devenir un excellent évêque, pourquoi ne remplacerions-nous pas un certain nombre de magnats par un certain nombre de Juifs? A notre tour nous disons: Pourquoi ne pas retourner la phrase et ne pas répéter: Ex omnibus disce unum? Il y a Juif et Juif; il y a le Juif qui meurt pour les autres et fonde la religion de l'amour, et il y a les Juifs qui le font mourir. Le grand héros de l'amour est unique, et ses disciples sont peu nombreux : tandis que leurs persécuteurs s'appellent légion. N'avons-nous pas vu de notre temps un Nègre de l'Afrique devenir évêque anglican '. Pourquoi un Juif ne pourrait-il pas devenir évoque, cardinal, ou pape? Le Christ n'a-t-il pas choisi ses disciples parmi les Juifs ? Le premier des papes n'était-il pas le plus pur représentant du judaïsme ?

A part ses mérites devant l'Église catholique, monseigneur Fraknoï honore le clergé par ses grands travaux historiques. Né ii Uermény, dans le comitat de Nyitra en 1843, il fit ses études à Nagy Szombat (Tyrnau), à Gran et à Pest. A l'âge de dix-sept ans, il gagna son premier prix â l'Académie des sciences avec son Esquisse sur Velu! de la civilisation magyare sous les ducs; a l'âge de dix-neuf ans, il eut un second prix avec son Mémoire sur l'origine et le développement historique de la mgniie de comte palatin et de grand juge. Suivirent une grande monographie en deux volumes sur Pierre Pàzmân et son temps, une Histoire de la Hongrie, une Histoire de la Diète

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hongroise, un Mémoire sur la culture nationale et étrangère au XVI™6 siècle; un Mémoire sur la civilisation hongroise avant la bataille de Mohâcs ; Joannis Episcopi Varadiensis Orationes et Mneœ Sylvii ad eum scriptœ liiterce; les Monumenta comitialia Regni Hungariœ, en six volumes; les Monumenta Vaticana de l'histoire hongroise, ouvrage qui occupera plusieurs volumes, un grand nombre de mémoires sur les relations de la Hongrie avec l'étranger et surtout avec l'Italie. Aucun historien hongrois n'a voyagé à l'étranger autant que monseigneur Fraknoï : les archives de l'Allemagne, de l'Italie, de la France, de l'Espagne et de la Russie lui sont familières, et il y a déniché de véritables trésors pour servir à l'histoire de la nation hongroise. Toute cette masse de travail fait souvent d'une manière fiévreuse a quelque peu atteint la santé de cet illustre savant et l'oblige de temps â autre à des repos forcés dont se réjouissent ses amis qui peuvent ainsi bénéficier de toute son amabilité et de son esprit fringant.

Ces indications sommaires sur quelques représentants illustres et libéraux du clergé catholique hongrois suffiront peut-être à montrer qu'à la différence d'autres pays où le clergé catholique représente la réaction et l'ignorance, le clergé magyar se trouve parfaitement au courant de la civilisation nationale. La religion n'a point divorcé de la science, en Hongrie.

Une partie du mérite dans cet heureux résultat doit être, selon nous, attribué à la présence d'autres confessions en Hongrie. Chacune de ces confessions travaillant à acquérir une influence légitima dans le pays et considérant la science comme un des moyens les plus sûrs pour l'obtenir et l'exercer, le clergé catholique n'a pas voulu rester en arrière. Chaque confession a gagné quelque chose dans cette concurrence et le pays en a largement bénéficié.

Les cardinaux, les évèques, les prélats de la renaissance italienne avaient donné le bienfaisant exemple d'une culture supérieure; mais cet exemple historique est actuellement suivi en Europe d'une manière constante et générale par le seul clergé catholique hongrois, dont la magnificence princière égale aussi celle des anciens prélats romains. Autrefois les grands prélats de la Hongrie étaient souvent des magnats de naissance. A. ce propos, on n'a peut-être pas oublié l'anecdote de l'évêque comte Batthyàny auquel, pendant qu'il traversait lentement, en un jour de l'année 1790, le vieux pont du Danube sur un équipage à six c'.ievaux, un gamin adressa cette question indiscrète : « Êvèque! Notre Sauveur Jésus-Christ allait nu-pieds; pourquoi te permets-tu le luxe d'un aussi beau carrosse? » Et l'évêque de répondre aussitôt: « .Mon fils, le père de Jésus-Christ était un pauvre charpentier, et moi je suis un magnat hongrois. » Aucun des prélats hongrois que nous venons des nom-

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