‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 117 sur 133 · IX. — LE CLERGÉ · texte numérisé non relu

IX. — LE CLERGÉ

mer ne pourrait tenir un pareil langage; mais la hiérarchie ecclésiastique elle-même est une aristocratie. Jésus n'était point le chef d'une hiérarchie; il n'était ni pape, ni cardinal, ni évêque, ni môme chanoine dans son Eglise. Il n'avait ni une rente, ni une mense épiscopale; il u'étaitque pauvre et n'avait rien à partager avec les autres. L'Église actuelle n'est plus son Eglise; elle est une nouvelle création sociale et historique. La noblesse de plusieurs familles a commencé non point pour avoir eu un saint parmi ses ancêtres, mais pour avoir donné quelque grand dignitaire à l'Église. La dignité, heureusement, n'exclut cependant pas la charité, et le haut clergé hongrois tout en restant splendide dans le faste, se distingue aussi par ses œuvres de bienfaisance. Seulement, sa bienfaisance est, â la manière anglaise, un impôt pour les pauvres qui pèse sur la mense, plutôt qu'une stricte et fidèle application des principes communistes de l'Église chrétienne primitive. Le haut clergé hongrois est très riche; les archevêques et les évoques jouissent d'immenses revenus qui dépassent souvent 100,000 florins de rente; et des centaines de chanoines, abbés et prévôts comptent des rentes variant de 10 â 20,000 florins par an. Les titulaires de ces prébendes sont proposés par les évoques; mais les nominations sont exclusivement faites par l'État qui récompense de cette manière des services éminents rendus à la science, â l'ait, à la littérature ainsi que le dévouement du clergé à la

politique gouvernementale. Cette dépendance où se trouve le clergé hongrois vis-à-vis de l'Etat contribue considérablement à maintenir les membres de ce clergé dans un esprit libéral et nous fait comprendre comment dans le parlement actuel, composé essentiellement d'éléments libéraux, siègent comme représentants du peuple dix-sept ecclésiastiques.

M. Charles Eotvos nous apprend la réponse donnée par Factuel cardinal primat à un homme d'Etat qui lui demandait quelle ligne de conduite il aurait adoptée lorsqu'on présenterait au Sénat le projet de loi sur le mariage civil :

— Naturellement, répondit Son Éminence, je le combattrai de toutes mes forces et par toute mon influence.

— Mais, reprenait l'homme d'État, si, malgré tout, le projet devait passer, que ferait Votre Eminence?

— Alors, repartit le cardinal, je me rappellerai que je ne suis pas seulement prince de l'Eglise, mais un Hongrois et un patriote qui doit se soumettre â la loi du pays.

Ce noble langage caractérise avec évidence la position du clergé hongrois vis-â-vis de l'État et pourrait servir d'exemple aux représentants du haut clergé des autres pays, qui oublient si souvent d'avoir une patrie.

Dans un pays où le chef de 1* Eglise pense et agit comme le cardinal Simor, le clergé est une grande force pour la nation ; et nous avons été heureux de

Page 1