II. — LA HONGRIE ET L'ITALIE
italiens s'éteignirent peu à peu. Au commencement de ce siècle, ils avaient presque entièrement disparu et, à l'heure présente, ils sont entièrement oubliés. * Mais ils ont laissé, dans l'arrondissement de Temesv;ir, l'héritage d'une culture agricole et de procédés industriels qui sont en grande partie leur œuvre.
Les Italiens ne sont jamais arrivés et ne se sont jamais groupés en masses de quelque densité sur le sol hongrois. Les 700 colons du Banat étaient dispersés, çâ et là, dans dix villages.
Dans les autres parties de la Hongrie où à des époques différentes on avait vu paraître de petites colonies italiennes, des faits analogues avaient dû se prniluiiv. L'Italit'!i qui se trouve isolé hors de sa patrie, loin d'attirer à lui d'autres éléments de sa nation pour se renforcer, se façonne facilement d'après son entourage; il devient Allemand avec les Allemands, Valaque avec les Valaques, Magyar avec les Magyars. Dès qu'il guérit de sa nostalgie, il s'acclimate.
C'est ainsi qu'un grand nombre de familles italiennes passées séparément en Hongrie se sont entièrement magyarisées. Nous citerons parmi les plus illustres, les Odesçalchi et les Pallavicini. Au commencement de ce siècle, un célèbre professeur de droit
1 A Mercydorf il y a encore deux familles qui portent des noms italiens : Filippi et Denelutti; mais elles ne parlent plus l'italien. Le village étant devenu allemand, elles sont tout à fait germanisées.
â l'université de Kolozsvàr s'appelait FortinL Actuellement, l'un des plus brillants juristes de la même université est M. Victor Coucha, un Magyar à la fois ardent et sceptique, qui nous raconta publiquement comment son grand-père avait été un simple ramoneur venu de Lombardie. *
Presque toujours, les Italiens expatriés démentent l'opinion répandue â l'étranger sur leur paresse.
Nous avons connu â Kolozsvàr le fils d'un Italien arrivé en Hongrie au commencement de ce siècle, M. Biasini-Kibédi, que le roi a ennobli en considération des services rendus â son pays d'adoption. Le père de M. Biasini était un petit bourgeois de
1 Nous croyons même avoir trouvé en Hongrie le nom magyarisé d'un msmbre de notre famille, passé, peut-être, sous le règne de Marie-Thérèse du Piémont en Hongrie et devenu professeur de langue et de littérature hongroises à l'Académie de Presbourg, après avoir été capitaine pendant les deux dernières insurrections hongroises. Dans la riche bibliothèque du primat de Gran et dans celle du collège réformé de Debreczin, nous avons trouvé un ouvi'age en deux volumes, qui porte ce titre curieux : « Antonii Gubernath, linguae et « littérature hungaricae in regia Posoniensi Academia « professons P. 0., ac emeriti utriusque insurrectionis « regnicolaris capitanei: Institutiones linguœet littératures « kungaricœ : Tomus T, complactens Grammaticam cura « Syntaxi, Posonii, Typis Georgii Aloysii Belnay, 1802 ; « Tomus II, complectens ornatam syntaxim cura phra- « seologia et cortesia. » Posonii, 1803. Ce livre, grâce à l'aimable empress jmenl du savant historien M. Alexandre Szilagyi, se trouve maintenant dans nos mains.