IX. — LE CLERGÉ
observé que, dans ce lycée la majorité des élèves est représentée par les Daco-roniains et par les Juifs. Est-ce à dire qu'on veut, par l'instruction donnée en langue magyare, détruire la nationalité daco-romaine?
Ou bien voudrait-on agir violemment sur la foi religieuse des Juifs pour les convertir au christianisme? Aucune inlention pareille ne peut être reprochée aux fondateurs, aux patrons, aux directeurs du collège. On veut seulement prouver que l'église réformée est assez forte et assez libérale pour faire du bien aux membres des autres confessions, et que les Magyars veulent exercer une mission civilisatrice vis-à-vis des races confiées à leur tutelle.
Le centre principal de la culture luthérienne se trouve à Hermannstadt, où a sa demeure l'évêque ou surintendant des Luthériens, George-Daniel Teutsch, un grand savant, né à Schâsburg en Transylvanie, le 12 décembre 1817. Membre de plusieurs académies et sociétés scientifiques de l'Allemagne, où il fit ses études de philosophie et de théologie, toutes ses aspirations sont constamment tournées vers la patrie de Luther. Écrivant en allemand pour ses Saxons et pour l'Allemagne, il est une des premières autorites pour l'histoire de la Transylvanie, et la première en tout cas pour l'histoire des Saxons transylvains. Au^si exerce-t-il sur ces derniers, par sa position ecclésiastique et par son érudition, une double influence qui est souvent funeste à la Hongrie. On pourrait donc dire que de toutes les confes-
sions qui, par le développement de la culture, tendent à augmenter leur prestige dans le royaume de Saiut-Étienne, la moins patriotique est la confession luthérienne. George-Daniel Teutsch, qu'on a surnommé le Magyar-fresser ou mangeur de Magyars et qui est le plus illustre, peut-être, des Luthériens hongrois, poursuit une ligne de conduite parfaitement opposée à celle des évèques catholiques, calvinistes, de révoque unitarien et môme du grand rabbin, dont le but est essentiellement conciliateur.
L'église unitarien ne forme une espèce d'île au milieu de la société hongroise. Les premiers Unitariens furent des Italiens. Cette confession ayant commencé à réunir des prosélytes en Italie dès l'année 1540, elle passa ensuite en Suisse et en Pologne, et de là fut introduite par le médecin piémontais G. Blandrata ' en Transylvanie, en 1508. On compte maintenant en Hongrie 00,000 Unitariens avec un évèque, monseigneur Joseph Ferencz, 2 une grande église, une bibliothèque de 30,000 volumes, contenant des livres fort rares, et trois collèges dont le principal qui est à Kolozsvâr possède aussi une espèce de faculté théolo-
1 Blandrata était originaire du marquisat de Saluce.
2 On a de lui plusieurs publications, entre autres un livre sur le comte Etienne Szétchenyi et un petit livre intéressant sur l'histoire, la doctrine, les croyances et les rites des Unitariens. Cb livre fat traduit en allemand et publié en 1879 à Vienne sous le titra : Kleiner Unitarier-Spiegel.