‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 122 sur 133 · IX. — LE CLERGE · texte numérisé non relu

IX. — LE CLERGE

gique. Le directeur de ce collège unitarien est M. Jean Kovâcs, esprit remuant, orateur distingué, homme intelligent, président du club anglais et professeur d'anglais à l'université. Le professeur Kovâcs, son aimable et docte collègue le professeur Alexandre Peterfy, apôtre zélé de l'unitarisme, le prof. Boros et autres Unitariens de Kolozsvàr ayant reçu leur éducation ecclésiastique, littéraire et scientifique en Angleterre, en sont revenus â demi anglais. Aussi, leur langage, la tournure actuelle de leur esprit, leurs habitudes, leur maintien nous donnaient l'illusion d'être en pays anglais et non pas dans la capitale de la Transylvanie. Anglais par leur culture, ils règlent leur conduite d'après les principes posés dans leur grand catéchisme publié à la fin du siècle passé â Kolozsvàr. ' Fort rigoureux envers eux-mêmes, ils sont on ne peut plus tolérants pour les opinions des autres et n'entravent aucune recherche scientifique. La liberté qu'ils ont réclamée un jour pour faire le premier pas vers la libre pensée, combattant avec les deux Socins et avec Blandrata le dogme de la Trinité, ils la laissent à tous ceux qui demandent à chercher encore et â marcher plus loin. Ils appellent volontiers Unitariens tous les déistes qui reconnaissent et adorent un seul Dieu mystérieux. Inférieurs en nombre à toutes les autres confessions de

1 Summa universœ théologien christianœ secunclum Unitarios in usum auditorum théologies concinnata et édita.

la Hongrie, ils s'en consolent en pensant que la majorité des hommes civilisés est maintenant unitarienne sans s'en douter. Déjà â la fin du siècle dernier les Unitariens de la Transylvanie s'étaient bercés d'une illusion semblable. Après la révolution française, on était revenu de l'athéisme et du persiflage voltairien, et on semblait sentir le besoin de retrouver une foi religieuse quelconque. Mais la religion catholique semblait trop surchargée de pratiques superstitieuses. Les Unitariens s'imaginèrent alors que les principes de leur secte pourraient convenir au plus grand nombre des nouveaux croyants. Ils avaient déjà publié un gros catéchisme; en 1796, ils bâtirent une vaste église. Mais leur catéchisme beaucoup trop lourd ne fut guère lu; leur église parut froide et resta vide.

Le Dieu inconnu, universel, infini, insondable ne peut être enfermé dans aucun temple; l'église de Saint-Pierre elle-même devient absurdement étroite pour cette majesté qui domine, pénètre, agite et soutient l'univers dans l'espace sans limites comme dans le temps sans bornes. Que les Unitariens de Kolozsvâr transforment leur vaste église déserte en une vaste usine intellectuelle, où l'on puisse rendre hommage â Dieu en travaillant; qu'ils réduisent tout le fatras de leur Summa à une seule formule simple et claire; qu'ils rompent les liens d'une tradition qui les gi'ïie; qu'ils osent être complètement sincères avec eux-mêmes et regarder en

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