X. — LA FEMME
Tout étranger ayant assisté à ces bals hongrois,
où l'entrain est si grand, on le plaisir est si franc et si sincère, a pu admirer les charmes extérieurs de la femme magyare. En Hongrie, on aime la danse pour la danse, sans arrière-pensée. On aime les bals, parce qu'on s'y amuse, parce qu'on s'y oublie, parce qu'on y apporte l'exubérance de la vie et de la jeunesse. C'est ce qu'il y a de mieux à faire dans ces tourbillons de lumière, de musique endiablée et de beautés éblouissantes qui donnent le vertige. Au bal des « Chemins de fer » et au bal masqué de la Re- rf^m doute de Budapest nous avons vu accourir moitié de la ville. C'était comme dans une bruyante féerie; la vie normale hongroise semblait arrêtée pour faire place à cette fièvre ardente de la danse, où la beautéX s'épanouit, où la grâce séduit et entraîne, où les parfums enivrent, où tout le monde semble saisir à pleines mains la coupe du bonheur et se désaltérer un instant à l'eau de jouvence.
Le plaisir que les Hongroises éprouvent dans ces danses est si intense qu'on le prolonge souvent au delà du carnaval. En plein carême, nous avons assisté à Kolozsvàr, chez la comtesse Nemes, à un bal des plus élégants où, parmi nombre de véritables beautés, nous avons admiré douze splendides jeunes filles de l'aristocratie transylvaine, déguisées chacune en fleur. Ces fleurs animées qui dansaient semblaient annoncer le prochain réveil du printemps. Les cavaliers papillonnaient très gracieusement autour de tou-
tes ces fleurs séduisantes. Mais on revenait avec plus d'insistance brûler ses ailes tremblantes au feu des regards de M1,e Zeyk, de Mlle Teleki, de MUe Eszterhâzy et de M!le Aubin. Après ces enivrements des bals, des mariages ont souvent lieu. On espère peut-être que l'on pourra folâtrer ainsi toute la vie. Mais le mariage est trop souvent pour la femme hongroise et transylvaine le tombeau de l'amour et du plaisir. Le mari hongrois et transylvain vaque à ses occupations ou reprend ses anciennes habitudes de garçon, délaissant régulièrement sa femme et sa famille. Cet abandon est la cause principale du petit nombre de ménages heureux que l'on rencontre chez les nobles magyars.
On nous assure que la femme transylvaine est supérieure à la femme magyare de la Hongrie proprement dite et qu'elle est plus aimable. Mais, malgré toute son amabilité, elle ne semble pas avoir le pouvoir de retenir son mari à la maison. Aussi sa plus grande vertu consiste-t-elle dans une plus grande force de dévouement et de résignation.
Écoutons d'ailleurs à ce propos l'avis d'une femme intelligente qui vit en Transylvanie et que nous avons priée de nous dire ce qu'elle pense de la femme transylvaine. L'autorité de la femme qui parle est très grande et nous espérons que nos lecteurs ne tarderont pas à le reconnaître.
« En général, écrit-elle, nos femmes valent beaucoup plus que les hommes. Elles sont très attachées